Luchino Visconti

                                      1906-1976 
 Moins improvisé, moins intuitif, tel se présentera, je le présume, le film de demain. Mais pour arriver à cette nouvelle forme d'expression, il faudra éviter un grand danger : celui de l'idée actuelle que nous nous faisons du réalisme, c'est-à-dire la foi dans la représentation cinématographique d'une réalité pêchée au hasard. Vouloir "faire vrai" est une erreur colossale ; l'art doit être artificiel et constamment recréer. C'est cette facilité de recréation qui était la raison d'être du cinéma et, en l'oubliant, il se perd lui-même.                                                 Luchino Visconti
Les Amants diaboliques. Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti, Mario Alicata, Giuseppe De Santis, Gianni Puccini. 1943, 140'. Avec: Clara Calamai (Giovanna Bragana), Massimo Girotti (Gino Costa), Dhia Cristiani (Anita), Elio Marcuzzo (Giuseppe Camoratti dit Spanio), Vittorio Duse (le policier), Michele Riccardini (Don Remigio), Juan de Landa (Giuseppe Bragana)
La terre tremble. Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti,  Giovanni Verga, Antonio Pietrangeli. 1948, 160'. Avec: Antonio Arcidiacono (Ntoni), Giuseppe Arcidiacono (Cola), Venera Bonaccorso (vieille femme qui rit), Nicola Castorino (Nicola), Rosa Catalano (Rosa), Rosa Costanzo (Nedda), Alfio Fichera (Michele), Carmela Fichera (La baronessa), Rosario Galvagno (Don Salvatore, maresciallo dei carabinieri), Agnese Giammona (Lucia), Nelluccia Giammona (Mara)
 A Trezza, petit village de Sicile, les pêcheurs exploités par des grossistes peu scrupuleux n’arrivent pas à vivre décemment du fruit de leur dur travail. Ils se révoltent et décident de chercher une solution …
 Un homme est fait pour être attrapé par une femme, juste comme les poissons de la mer sont faits pour ceux qui les pêchent.                                     Voix off
-Quand le temps arrivera je trouverai mon mari moi-même. 
-Je sais que ta famille veut un mari riche. Mais n’oublie pas que celui qui est riche aujourd’hui peut devenir pauvre demain. Et, un pauvre peut être riche demain ! 
-Ha, ha ! Alors parlons-en demain. 

« Les lendemains sont toujours prometteurs… sauf à Trezza, où ils ressemblent beaucoup aux hier. » (Voix off)  ...
 Dans la Bible, le Christ fait de Pierre et son frère des « pêcheurs d’hommes ». Ntoni a tout de la figure évangélique qui s’improvise en libérateur, sacrifié pour les siens. Malheureusement, pour rien. Ce qu’il reste à ces pauvres marins, c’est la grâce, et le regard amoureux que Visconti leur jette, avec humanité.              Télérama
Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti, Suso Cecchi D'Amico, Francesco Rosi, Cesare Zavattini. 1951, 110'. Avec: Anna Magnani (Maddalena Cecconi), Walter Chiari (Alberto Annovazzi), Tina Apicella (Maria Cecconi), Gastone Renzelli (Spartaco Cecconi), Tecla Scarano (Tilde), Arturo Bragaglia (photographe), Lola Braccini (femme du photographe), Nora Ricci (employée blanchisserie), Alessandro Blasetti, Vittorio Glori, Mario Chiari, Filippo Mercati, George Tapparelli
Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti, Suso Cecchi, D'Amico, Giorgio Prosperi, Giorgio Bassani, Carlo Alianello. 1954, 115'. Avec: Alida Valli (comtesse Livia Serpieri), Farley Granger (Franz Mahler), Massimo Girotti (Roberto Ussoni), Rina Morelli (Lora, gouvernante), Heinz Moog (comte Serpieri), Christian Marquand (officier), Sergio Fantoni(Luca), Tino Bianchi (capitaine Meucci), Ernst Nadherny (comdt de Vérone), Marcella Mariani (Clara, prostituée), Tonio Selwart (coln Kleist), Goliarda Sapienza (patriote au théâtre), Cristoforo De Hartungen (genl Hauptmann), Marianna Leibl (genle Hauptmann)
 A Venise, dans la deuxième moitié du 19e siècle à l’époque du Risorgimento, l’amour d’une aristocrate Italienne pour un jeune officier Autrichien des troupes d’occupation.
« C'est un film d'histoire que je voulais faire ; un film sur le Risorgimento, sur le fait que l'unité a été faite en dépit de l'incapacité italienne à la réaliser. »                  Luchino Visconti
- « C’est le jour du Jugement Dernier que les morts ressuscitent/ Et renaissent à la vie ou au désespoir éternel./ Mais nous demeureront enlacés, nous n’auront nulle crainte./ Que nous importera le paradis ou l’enfer des autres./ »
 Ils sont extraordinaires ces vers de Heine ?! 

- Non.  
- Pourquoi ? 
- C’est d’un égoïsme que je n’approuve pas.

 A partir de l’adaptation d’une nouvelle, le regard désenchanté de Visconti sur les passions humaines face aux grands bouleversements sociaux et la guerre.
Nuits blanches. Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti, Suso Cecchi, D'Amico. 1957, 97'. Avec: Maria Schell (Natalia), Marcello Mastroianni (Mario), Jean Marais (locataire), Marcella Rovena (logeuse), Maria Zanoli (jeune fille), Elena Fancera (caissière), Dirk Sanders (danseur rockl), Clara Calamai (prostituée), Lys Assia (chanteuse), Alberto Carloni (aubergiste), Leonilde Montesi (mère), Romano Barbieri (fils), Anna Filippini (fille)
 Une nuit, au bord d’un canal de Livourne, Mario rencontre une femme qui attend. Ils finissent par faire connaissance, elle lui dit s’appeler Natalia, et attendre quelqu’un qui lui a donné rendez-vous ici, il y a longtemps …
Je pourrai maintenant raconter qu’un jour je suis allée danser.
 En adaptant une nouvelle de Dostoïevski, Visconti s’éloigne ici un peu du néoréalisme pour nous donner une œuvre presque onirique. Deux êtres modestes perdus, l’un dans sa solitude, l’autre dans ses rêves qui semblent utopiques, tentent de se rejoindre et s’aimer.
Rocco et ses frères. Réalisation: Luchino Visconti; Scénario: Luchino Visconti, Vasco Pratolini. 1957, 192'. Avec: Alain Delon (Rocco Parondi), Renato Salvatori (Simone), Annie Girardot (Nadia), Claudia Cardinale (Ginetta, fiancée Vincenzo), Katína Paxinoú (Rosaria), Spýros Fokás (Vincenzo), Max Cartier (Ciro), Rocco Vidolazzi (Luca), Alessandra Panaro (Franca, fiancée Ciro), Corrado Pani (Ivo, ami de Simone), Enzo Fiermonte (boxeur), Nino Castelnuovo (Nino Rossi), Roger Hanin (Morini), Paolo Stoppa (Cecchi), Suzy Delair (Luisa, patronne blanchisserie)
 Dans l’Italie de l’après-guerre une famille nombreuse du Sud émigre à Milan. Ils réussissent, à peu près à faire leur chemin dans la grande ville. Mais avec un problème particulier.
-Tu es venu vers moi. Tu m’as démontré que la vie que je menais était monstrueuse. Je me suis mise à t’aimer. Et brusquement à cause de la lâcheté d’un misérable qui m’a humiliée devant toi, qui a voulu te ramener à sa médiocrité, alors brusquement plus rien n’existe ! 
-Simone a besoin de toi ! Il n’a plus que toi. 
-Et moi, j’existe ! Dis-moi ! Alors comment tu résous le problème ? 
 Visconti a conçu cette chronique comme une enquête réaliste et grouillante de vie, sur laquelle se greffe un drame lyrique qui frôle parfois le mélodrame et parfois aussi, réussit à atteindre le ton de la tragédie. À travers les méandres de ce film-fleuve, il expose toute une conception de la condition humaine, dure, cruelle, absurde, mais belle aussi et exaltante. Visconti est lucide et pessimiste mais non désespéré. Dans l’univers qu’il nous présente, la souffrance et la joie, l’amour et la haine coexistent et s’entremêlent.               Télérama
« J'admire la bonté de parole et de geste envers l'humanité de la part des athées, car ils n'attendent aucune récompense de l'au-delà. »    Jean d'Ormesson.
 Une lueur d’espoir, une consolation, ou l’exaltation de l’orgueil pour les athées ?
 Les pérégrinations d’une famille aristocratique industrielle allemande de l’avènement à l’ascension des Nazis.
 Nous avons besoin d’ordre. L’Allemagne est le pays le plus ordonné du monde. Elle est un plaisir pour les touristes Anglais et Américains.
 Dans cette remarquable fresque historique, lucide et fascinée à la fois, rythmée par l'incendie du Reichstag et la Nuit des longs couteaux, sur fond d'analyse marxiste, Visconti traque le fascisme au cœur même des êtres.          Encyclopédie Larousse
 La Caduta Degli Dei, littéralement "La Chute des Dieux", en référence à la Tétralogie de Wagner, est le premier volet de ce que Visconti a voulu « La Trilogie Allemande ». En dépit des horreurs, des traumatismes, des déviances sexuelles, il nous offre ici une œuvre grandiose. Certains ont parlé de son film “le plus politique, le plus controversé, soulevant un malaise, …“ ; ont vu de la fascination, voire la magnificence du mal. Mais, entre la fascination et l’adhésion il y a un abîme !