Cinéaste de son temps
Je serais incapable d'écrire quelque chose qui se passe dans le passé. J'ai trop le souci de la réalité pour essayer moi-même d'écrire, de faire dire ne serait-ce qu'un mot à quelqu'un qui n'est pas mon contemporain : j'ai besoin d'un texte.
Par conséquent, si je fais des choses qui ne sont pas contemporaines, soit au cinéma, soit au théâtre (parce que le théâtre, ça m'amuserait d'en faire encore), ce seront des textes qui ne sont pas de moi.
Eric Rohmer
Réalisation, Scénario: Éric Rohmer. 1967, 90'. Avec : Patrick Bauchau (Adrien), Haydée Politoff (Haydée), Daniel Pommereulle (Daniel), Alain Jouffroy (l'écrivain), Mijanou (Carole), Annik Morice (Aurélia), Denis Berry (Charlie), Seymour Hertzberg (Sam), Brian Belshaw (l'amant), Donald Cammell (garçon), Pierre-Richard Bré (copain), Patrice deBailliencourt (copain), Alfred deGraff (touriste)
Sur la Côte d’Azur, un jeune homme rencontre une belle fille aux mœurs libres. Instinctivement il veut rester à distance.
Chacun doit aller au bout de soi. Les gens qui ne vont pas au bout d’eux-mêmes, sont comme les Versaillais qui encerclent les gens qui vont au bout d’eux-mêmes. Les gens qui vont au bout d’eux-mêmes sont forcément encerclés, sont forcément agressifs.
Par exemple, ça, c’est parfait. On ne peut pas faire mieux. C’est la peinture, la pensée, entourée … [haï !] par des lames de rasoir ; c’est-à-dire l’unité, l’unique, qui base sa cause sur rien, et qui est entourée par sa propre pensée comme des lames de rasoir, impossible à tenir…
Un Rohmer beau, non pervers, tendre et profond.
Ours d'Argent (Grand prix du jury) Festival de Berlin
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1969, 100mn, avec
Jean-Louis Trintignant, Françoise Fabian, Marie-Christine Barrault, Antoine Vitez
Les profs de philo expliquent que le Pari, cœur de la pensée de Pascal, n’était pas pour lui-même puisqu’il était croyant ; mais pour convaincre les athées et être un antidote contre le désespoir.
En juillet 2017, le pape François recevant Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien La Repubblica s`est déclaré favorable à la béatification de Blaise Pascal, célèbre apologiste du christianisme. « Moi aussi, je pense qu’il mériterait la béatification », a répondu très spontanément le pape à la suggestion de son interlocuteur, et a ajouté :
« J’envisage de demander la procédure nécessaire et l’avis des organes du Vatican chargés de ces questions, en faisant part de ma conviction personnelle positive ».
« - Examinons donc ce point, et disons : « Dieu est, ou il n'est pas. » Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n'y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défaire nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n'en savez rien. - Non ; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier. - Oui, mais il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. (...). Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. »
Blaise Pascal, Pensées, fragment 397.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1970, 105mn, avec
Jean-Claude Brialy, Béatrice Romand, Laurence de Monaghan, Aurora Cornu
La beauté d'Annecy, son lac et le trouble provoqué par une image.
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
A une passante, Charles BAUDELAIRE
Prix Louis-Delluc. Prix Méliès. Coquille d'Or Fesival de St-Sébastien
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1972, 95'. Avec : Bernard Verley (Frédéric), Zouzou (Chloé), Françoise Verley (Hélène), Daniel Ceccaldi (Gérard), Malvina Penne (Fabienne), Babette Ferrier (Martine), Tina Michelino (voyageuse), Jean-Louis Livi (le camarade), Irène Skobline (vendeuse), Claude-Jean Philippe (ami), Sylvaine Charlet (logeuse de Chloé), Daniele Malat (cliente), Suze Randall (fille au pair), Françoise Fabian (femme dans le rêve), Marie-Christine Barrault (femme d l r), Haydée Politoff (femme d l r), Aurora Cornu (femme d l r), Laurence deMonaghan (femme d l r), Béatrice Romand (femme d l r)
Un jeune cadre vit apparemment heureux avec sa femme et sa jeune fille. L’apparition d’une charmante ancienne connaissance change un peu son train-train.
S’il y a une chose dont je suis incapable maintenant c’est de faire la cour à une fille. … Pourtant je sens que le mariage m’enferme, me cloître, et j’ai envie de m’évader. La perspective du bonheur tranquille qui s’ouvre indéfiniment devant moi m’assombrit.
Le dernier des Contes Moraux met en scène une femme libre et un époux traditionnel en dépit de son léger dilemme. Il fut l’un des plus grands succès populaires de Rohmer, mais une critique qui a dénoncé son côté morale bourgeoise voire réactionnaire. Mais je ne pense pas que l’originalité de cette histoire, la tendresse présente, soient discutables. Et, le combat féministe de la belle Zouzou suffit à faire de ce film un beau conte final.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1978, 140'. Avec : Fabrice Luchini (Perceval), André Dussollier (Gauvin), Solange Boulanger (guitare, sarrazine), Catherine Schroeder (rebec), Francisco Orozco (luth, chalemie), Deborah Nathan (flute traversière), Jean-Paul Racodon (ecuyer chauve), Pascale Ogier (pucelle, jeune dame), Pascale deBoysson (veuve dame), Clémentine Amouroux (pucelle de la Terite), Jacques Le Carpentier (chevalier Vermeil), Antoine Baud (chevalier Vermeil), Jocelyne Boisseau (pucelle qui rit), Marc Eyraud (roi Arthur), Gérard Falconetti (sénéchal Ké), Raoul Billerey (Gornemant de Goort), Arielle Dombasle (Blanche-Fleur), Michel Etcheverry (roi pêcheur), Marie-Christine Barrault (reine Guenièvre)
Perceval le Gallois, valet émerveillé par des chevaliers qu’il a vus, accède lui aussi à ce rang. Au service du roi Arthur, il rêve à la quête du Graal.
Dans le roman de Chrétien de Troyes, (…) ce n’est pas le côté fantastique qui m’a le plus intéressé, mais la dimension évangélique, à travers la quête spirituelle de Perceval apprenant la charité et l’amour du prochain. Eric Rohmer
En adaptant le Perceval de Chrétien de Troyes écrit au 12e siècle, Rohmer pour une fois s’éloigne du monde contemporain. Le roman étudié au collège s’anime merveilleusement avec la prose médiévale, le chant et les instruments anciens.
Un beau spectacle.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1983, 94'. Avec : Amanda Langlet (Pauline), Arielle Dombasle (Marion), Pascal Greggory (Pierre), Féodor Atkine (Henri), Simon de La Brosse (Sylvain), Rosette (Louisette), Michel Ferry (ami de Sylvain), Marie Bouteloup (Marie)
Pauline, ado Parisienne et sa cousine Marion, ravissante jeune styliste divorcée, passent des vacances en Normandie.
Elles y font des rencontres.
-Je comprends pas comment vous avez fait toures les deux pour vous précipiter sur les mecs les moins intéressants.
-Peut-être pas intéressants pour toi, mais pour nous, oui.
-Même pas.
-Comment peux-tu décider de ce que les autres aiment ou n’aiment pas ?
-Bon, peut-être pour toi oui ; mais elle non, non !
-L’amour est une sorte de folie.
-Mais non ! On aime ce qui est pour son bien ! … Ce qui me mets en colère c’est de voir des gens obstinés à se fabriquer leur propre malheur.
En somme, elles n’aimaient pas les adieux. Elles ont convenu de croire, pour les détails gênants, ce qui arrangeait tout le monde. Et sont reparties en souriant, avec toute la tendresse imprimée par Rohmer aux évènements …
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1984, 105mn, avec Pascale Ogier, Tchéky Karyo, Fabrice Luchini
Le coût de la liberté ... ?
Le souvenir de Pascale Ogier.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1986, 94'. Avec : Marie Rivière (Delphine), Vincent Gauthier (Vincent, l'ébéniste), Rosette (Françoise), Béatrice Romand (Béatrice), Carita (Léna, la Suédoise), Amira Chemakhi, Sylvie Richez, Lisa Hérédia (Manuella), Eric Hamm (Édouard), Marc Vivas (Pierrot), Dr Friedrich Gunter Christlein (scientifique du rayon vert)
Delphine, jeune secrétaire Parisienne, se retrouve seule un été. Malgré des invitations d’amies, elle a du mal à mettre fin à sa solitude, ou son spleen.
Le rayon vert est ce phénomène qui se produit juste au moment où le soleil disparait à l’horizon dégagé et laisse apparaître, semble-t-il, une fugitive lueur verdâtre.
Certains par sensibilité poétique, ou irrationnelle, attribuent à ce phénomène des propriétés particulières, comme d’autres l’ont fait par exemple de la pleine lune.
Beaucoup de gens n’ont jamais vu le rayon vert ; et ont vécu sans.
La croyance et l’attente du rayon le rendent peut-être accessible à quelques élus.
Lion d'Or Mostra de Venise
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1990, 112mn.
Avec : Anne Teyssèdre (Jeanne), Hugues Quester (Igor), Florence Darel (Natacha), Éloïse Bennett (Ève), Sophie Robin (Gaëlle), Marc Lelou (Gildas), François Lamore (William), Philippe Sotto (un invité à la soirée), Corinne Malgouyard (une invitée)
Jeanne, jeune prof de philo, a prêté son appartement un weekend à une cousine de passage avec son ami. Elle accepte alors l’invitation de Natacha, une amie rencontrée à une soirée, de venir chez elle.
Elle rencontre le père de Natacha qui en semble ravie …
Un Rohmer tout en douceur, où flotte la tendresse d’une fille pour son père.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1996, 113mn.
Avec : Melvil Poupaud (Gaspard), Amanda Langlet (Margot), Gwenaëlle Simon (Solène), Aurélia Nolin (Léna), Alain Guellaff (l'oncle Alain), Évelyne Lahana (la tante Maiwen), Yves Guérin (l'accordéoniste), Franck Cabot (un cousin de Léna), Aimé Lefèvre (le terre-neuvas).
Gaspard, étudiant en mathématiques, amateur de musique, passe ses vacances au bord de la mer en Bretagne. Il y rencontre une étudiante qui devient une confidente ; une autre à qui il plait. Il n’arrive pas à oublier totalement une fille pour laquelle il avait quelques tendresses.
Le temps de la jeunesse, de la vie étudiante.
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1998, 110mn.
Avec : Béatrice Romand (Magali), Alain Libolt (Gérald), Didier Sandre (Étienne), Alexia Portal (Rosine), Stéphane Darmon (Léo), Aurélia Alcaïs (Émilia), Matthieu Davette (Grégoire)
Magali, viticultrice quadra, est isolée dans son vignoble depuis le départ de ses deux grands enfants.
La solitude commence à lui peser. Ses proches amis aussi seraient ravis de la voir en couple …
« Le visage de certaines femmes jusque dans la maturité demeure baigné d'enfance ; c'est peut-être leur enfance éternelle qui fixe notre amour et le délivre du temps. »
François Mauriac : Le Désert de l'amour (1924)
Réalisation, Scénario : Éric Rohmer , 1992, 114mn.
Avec : Charlotte Véry (Félicie), Frédéric van den Driessche (Charles), Michel Voletti (Maxence), Hervé Furic (Loïc), Ava Loraschi (Élise), Christiane Desbois (mère), Rosette (sœur), Jean-Luc Revol (beau-frère), Haydée Caillot (Edwige), Jean-Claude Biette (Quentin), Marie Rivière (Dora), Claudine Paringaux (client)
Une femme, marquée par le souvenir d’une passion partagée qui lui a laissé un enfant, tente de refaire sa vie, sans oublier son amour perdu. [Arté]
On peut perdre, sans s’en rendre compte, ce à quoi on aspirait. Le regretter éternellement.
On peut le retrouver, exceptionnellement, dans le rêve. Ou, plus souvent, dans les contes.