Je souhaite approcher par le film la complexité de la pensée , son mécanisme interne . Dès qu'on descend dans l'inconscient , l'émotion naît . Et le cinéma ne devrait être qu'un montage d'émotions . Alain Resnais
Illustration reprise du livre « Alain Resnais » de Jean-Luc Douin, aux Editions la Martinière
Cinéaste de la mémoire et de l’imaginaire, éclectique et inclassable, Alain Resnais, est décédé samedi à l’âge de 91 ans., a marqué l’histoire du cinéma français d’œuvres majeures. Dans ses quelque vingt longs métrages, écrits souvent par des écrivains réputés comme Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet ou Jorge Semprun, il n’a cessé d’explorer les liens entre l’image et l’écriture, renouvelant constamment son champ d’inspiration. Le Nouvel Observateur
II est absurde de parler du film de Resnais ; il est absurde de parler du texte de Marguerite Duras. Le texte n'aurait pas été le même s 'il n'avait attendu l'image et l'image n'aurait pus été la même si elle n'avait pas répondu au texte. Marguerite Duras
Pendant l’été 1957, une actrice française se rend à Hiroshima pour jouer dans un film sur la paix. Elle y rencontre un Japonais qui devient son amant.
Elle cachait dans sa chair l'abomination subie par maintes Françaises à la Libération. Lui, ne voulait pas parler du martyre de son peuple à la dernière guerre.
Hiroshima mon amour, 1959, preésent dans :
• Les meilleurs films de la Nouvelle Vague
• Les meilleurs films avec Bernard Fresson
• Les meilleurs films de 1959
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- J'ai vu les actualités...
- Tu n'as rien vu. Rien. ...
- Je n'ai rien inventé.
- Tu as tout inventé.
- De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier… Des pinces chirurgicales s'approchent d'un œil pour l'extraire. - ...
- J'ai vu la patience, l'innocence, la douceur apparente avec lesquelles les survivants provisoires de Hiroshima s'accommodaient d'un sort tellement injuste que l'imagination d'habitude pourtant si féconde, devant eux, se ferme. ... Je sais tout.
- Rien. Tu ne sais rien.
Réalisateur: Alain Resnais. Scénario: Alain Robbe-Grillet. 1959, 91'. Avec: Emmanuelle Riva (Elle), Eiji Okada (Lui), Bernard Fresson (soldat allemand), Stella Dassas (mère), Pierre Barbaud (père)
Réalisateur: Alain Resnais. Scénario: Alain Robbe-Grillet.1961, 94'. Avec: Delphine Seyrig (A, la femme brune), Giorgio Albertazzi (X, l'homme à l'accent italien), Sacha Pitoëff (M, le joueur invétéré)
Œuvre onirique sur le souvenir, le temps.
L'Année dernière à Marienbad, 1961, présent dans :
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• Les meilleurs films de la Nouvelle Vague
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• Les meilleurs films de 1961
• Les meilleurs films français
• Les plus belles claques esthétiques
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Jean Cayrol. 1963, 117'. Avec: Delphine Seyrig (Hélène Aughain), Jean-Pierre Kérien (Alphonse Noyard), Jean-Baptiste Thierrée (Bernard Aughain), Nita Klein (Françoise), Claude Sainval (Roland de Smoke), Laurence Badie (Claudie), Jean Champion (Ernest Choisy), Jean Dasté (homme à la chèvre), Martine Vatel (Marie-Dominique), Nelly Borgeaud (femme acheteurs), Philippe Laudenbach (Robert), Gérard Lorin (Marc), Françoise Bertin (Simone), Julien Verdier (homme de la grange), Jean-Jacques Lagarde (employé du casino)
En octobre 1962. Hélène, antiquaire vit avec son beau-fils, tout juste rentré d'Algérie. Elle reçoit la visite de son amour de jeunesse, Alphonse, accompagné d'une jeune actrice débutante, qu'il dit être sa nièce.
-C’est toi qui m’as fait venir. J’ai accouru sans penser à rien. On ne sait jamais quand on arrive au bon moment avec toi.
-Ah, quand est-ce qu’on va en finir avec ce passé ?
-C’est déjà fait.
-Au fond c’est une histoire banale, ça me rassure...
L'un des films majeurs de Resnais, sur un scénario original de Jean Cayrol. Le film est fondé sur un fort contraste entre le prosaïsme de la vie quotidienne des personnages, malgré la violence de la dénonciation de la torture en Algérie, et un traitement esthétique extrêmement audacieux dans lequel Resnais mêle avec bonheur une vision quasi cubiste du monde contemporain, une partition dodécaphonique de Hans Werner Henze, orchestrés par un montage elliptique proche d'Eisenstein. Encyclopédie Larousse
Le passé ressuscité ?
Le souvenir, la mémoire et le traumatisme d’une autre guerre.
Mostra de Venise Prix de la Critique Internationale
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Jorge Semprún. 1966, 121'. Avec: Yves Montand (Diego Mora), Ingrid Thulin (Marianne), Jean Dasté (responsable), Geneviève Bujold (Nadine Sallanches), Jean Bouise (Ramon), Paul Crauchet (Roberto), Dominique Rozan (Jude), Anouk Ferjac (Marie Jude), Bernard Fresson (André Sarlat), Yvette Étiévant (Yvette), Michel Piccoli (inspecteur douanes), Gérard Séty (Bill)
En 1965, Diego, un militant du Parti Communiste espagnol, en exil à Paris, passe régulièrement la frontière sous de fausses identités pour assurer la liaison entre les militants exilés et ceux restés en Espagne. De retour d'une mission difficile, Diego commence à douter du sens de son action et des moyens utilisés.
Carlos nous a présenté un tableau de la situation totalement subjectif. Il exagère les conséquences des arrestations en cours. Je dirai même qu’il semble avoir perdu toute perspective politique. … La dictature est saisie de panique. Les mesures policières reflètent cette peur du régime face aux mouvements des masses. Nous sommes à la veille de la grève générale politique. C’est pourquoi nous avons décidé d’envoyer Juan à Madrid à Madrid avec des orientations précises : la grève générale pour le 30 avril. La Direction du Parti
Mon titre a une double signification. En tant que mythe, la guerre d'Espagne est terminée, mais la lutte, elle, continue. Alain Resnais
Grand Prix, Académie du Cinéma. Prix Louis Delluc. Prix Luis Buñuel. Prix FIPRESCI, Festival de Cannes. Prix Méliès. Prix du meilleur film en langue étrangère, New York Film Critics Circle
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, David Mercer. 1977, 110'. Avec: Dirk Bogarde (Claude Langham), John Gielgud (Clive Langhman), Ellen Burstyn (Sonia Langhman), David Warner (Kevin Woodford), Denis Lawson (footballeur), Elaine Stritch (Molly Langham / Helen Wiener), Samson Fainsilber (vieil homme), Tanya Lopert (Miss Lister), Kathryn Leigh Scott (Miss Boon), Cyril Luckham (Dr Mark Edington), Milo Sperber (Mr Jenner), Peter Arne (Nils), Anna Wing (Karen, la servante)
Le film décrit le processus de création littéraire. Sachant qu'il va mourir, un écrivain célèbre élabore sa dernière œuvre dont les principaux personnages sont les membres de sa famille. Les liens et les divergences qui existent entre l'art et la vie sont révélés. Mais croyant peindre les autres, il s'est peint lui-même, mettant à jour certains aspects cachés de sa personnalité. Synopsis officiel
-Un bourgeois, c’est un homme qui refuse les nouvelles idéologies.
-Non, Père. Un bourgeois, c’est celui pour qui les nouvelles idéologies signifient la mort de ses valeurs. Je suis de cette race-là. J’ignore si mes valeurs sont vraies, mais elles structurent toute ma vie.
-La question est : que sont-elles ?
-L’honnêteté, le scrupule, le discernement, la sollicitude, la tendresse, l’horreur de la violence et de toute terreur organisée.
-Rien d’exclusivement bourgeois ...
-Il confond vertu et justice sociale. Est-il naïf ou hypocrite ?
-… A mon père et à ses 78 ans ! Longue vie, Père !
-Je vous aime tous beaucoup. Je continuerai à refuser de mourir... J’ai un livre à terminer.
Œuvre difficile, demandant une concentration totale et la participation.
Toute la créativité de Resnais !
César Meilleur Film. Prix Méliès
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Jean Gruault. 1980, 125'. Avec: Roger Pierre (Jean Le Gall), Nicole Garcia (Janine Garnier), Gérard Depardieu (René Ragueneau), Pierre Arditi (Zambeaux), Gérard Darrieu (Léon Veestrate), Philippe Laudenbach (Michel Aubert), Marie Dubois (Thérèse Ragueneau), Henri Laborit
Le professeur Laborit étudie le comportement animal de façon générale et l’évolution du cortex cérébral.
A travers trois destinées humaines, il essaie d’illustrer ses théories.
Dans le film après qu'on eût fait la longue litanie de ses titres, travaux, décorations académiques et militaires, il a tenu à ajouter, avec le sourire :
Vous auriez pu ajouter «D’origine vendéenne,» _ La Vendée, c’est ce pays auquel on a imposé la Liberté, l’Egalité et la Fraternité ("fraternité" surtout) en y faisant 500 000 morts _ «il est cependant abonné au gaz et à l’électricité de France, ce qui montre ses sentiments nationalistes ; et d’autre part il est parfaitement adapté à une socio-culture dont il a largement profité.»
Etait-ce hors du propos du film ?
Prix FIPRESCI Festival de Cannes. Prix Méliès
Réalisation, Scénario: Alain Resnais, Henri Bernstein. 1986, 112'. Avec: Sabine Azéma (Romaine Belcroix), Fanny Ardant (Christiane Lesveque), Pierre Arditi (Pierre Belcroix), André Dussollier (Marcel Blanc), Jacques Dacqmine (dr Rémy), Hubert Gignoux (prêtre), Catherine Arditi (Yvonne)
Un homme heureux en couple reçoit à diner un ami de jeunesse. Les confidences à table, les apparences. Et, la réalité …
Transcription fidèle de la pièce de théâtre éponyme due au français Henri Bernstein.
En lisant la pièce "à la table" avec les comédiens, parfois l’émotion nous serrait la gorge. On a donc décidé de la monter avec sincérité et simplicité, sans moderniser ni édulcorer le texte ou les situations. On a essayé de jouer la pièce sans aucune distanciation. Comme on la sentait. Alain Resnais
Une histoire d’amour, de mal-être …
Un hommage au théâtre.
Césars : Meilleur Actrice Sabine Azéma
Meilleur Second Rôle Pierre Arditi
Réalisation, Scénario: Alain Resnais, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri. 1993, 145'. Avec: Pierre Arditi (Toby Teasdale/ Miles Coombes/ Lionel Hepplewick/ Joe Hepplewick), Sabine Azéma (Celia Teasdale/ Sylvie Bell/ Irene Pridworthy/ Rowena Coombes/ Josephine Hamilton), Peter Hudson (Le narrateur)
Les éventualités. Tout s’est déroulé comme ça. Aurait-on pu avoir autre chose …
Qu'arriverait-il si j'avais dit 'non' au lieu de 'oui' ? Tout le monde, un jour, s'est posé cette question. Personne ne peut y répondre. Alors Resnais nous offre deux films, qui explorent quelques-uns des destins possibles de six personnages. (…)
Et voilà, chacun est typé. Chacun est dans son "devenir" possible. Possible, mais pas certain. Car tout peut bifurquer d'un coup. Pourquoi ? Pour rien. Sur un coup de tête ou un coup de dés... qui, comme chacun sait, "jamais n'abolira le hasard". (…)
Déterminisme, libre arbitre, hasard ? On en revient à Smoking, No smoking, peut-être les deux films les plus surprenants du plus surprenant des cinéastes.
Télérama
Des idées. De l’originalité ! Tout le talent de l’immense Resnais.
César Meilleur Film. Prix Méliès
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri. 1997, 120'. Avec: André Dussollier (Simon), Sabine Azéma (Odile Lalande), Agnès Jaoui (Camille, sœur d'Odile, guide), Jean-Pierre Bacri (Nicolas), Lambert Wilson (Marc Duveyrier, patron de Simon), Pierre Arditi (Claude Lalande), Jane Birkin (Jane), Jean-Paul Roussillon (père d'Odile), Dominique Rozan (grand-père renversé), Jean-Chrétien Sibertin-Blanc (jeune homme renvoyé), Jean-Pierre Darroussin (jeune homme au chèque), Jacques Mauclair (dr 1), Bonnafet Tarbouriech (dr 2), Nelly Borgeaud (dr 3)
Suite de scènes de la vie courante à Paris, accompagnées de façon un peu humoristique, par des bouts d’airs correspondants de la chanson populaire française.
- Je n’arrive pas à m’y faire …
- Quoi ?
- Qu’est-ce qu’il fout là, cet abruti ?
- Il se trouve que cet abruti est un ami à moi ; donc ...
[ Quoi ma gueule? / Qu'est-ce qu'elle a ma gueule? / Quelque chose qui ne va pas? / Elle ne te revient pas? ]
Et si "On connait la chanson" était l’absolue dédramatisation de la vie ?
César du Meilleur Film. Prix Louis-Delluc. Prix Méliès
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Jean-Michel Ribes, Alan Ayckbourn. 2006, 120'. Avec: Sabine Azéma (Charlotte), Isabelle Carré (Gaëlle), Laura Morante (Nicole), Pierre Arditi (Lionel), André Dussollier (Thierry), Claude Rich (la voix d'Arthur), Lambert Wilson (Dan), Bruno Podalydès (réalisateur), Françoise Gillard (speakerine), Anne Kessler (présentatrice), Roger Mollien (soldat poète), Florence Muller (critique d'art), Michel Vuillermoz (architecte)
Les aventures, la vie d’une poignée de Parisiens dans un quartier de la ville.
-Je ne sais pas Robert. Je sens qu’il vous reproche quelque chose ; peut-être vous n’êtes pas devenu celui qu’il espérait ?
-… Mon père est déçu ; déçu de ce que je suis devenu. Mais je suis ce que je suis. Après tout qu’est-ce qu’on peut être, à part soi. C’est ce que je me dis souvent.
Le regard de Resnais sur quelques personnages ordinaires de la ville dans leur vie insatisfaite. Un regard mélancolique, dédramatisé par quelques instants un peu loufoques. Comme dans la vie …
Prix Méliès. Lion d'Argent Mostra de Venise.
Réalisation, Scénario: Alain Resnais, Christian Gailly, Alex Reval, Laurent Herbiet. 2009, 94'. Avec: André Dussollier (Georges Palet), Sabine Azéma (Marguerite Muir), Anne Consigny (Suzanne Palet), Emmanuelle Devos (Josépha Bellotch), Mathieu Amalric (Bernard de Bordeaux, policier), Michel Vuillermoz (Lucien d'Orange, policier), Édouard Baer (narrateur), Annie Cordy (dame de l'immeuble de Marguerite), Sara Forestier (Élodie), Nicolas Duvauchelle (Jean-Mi), Vladimir Consigny (Marcelin Palet), Dominique Rozan (Sikorsky), Jean-Noël Brouté (Mickey), Roger Pierre (Marcel Schwer)
Marguerite se fait arracher son sac. Georges récupère son portefeuille jeté devant sa voiture ; enclenchant des interrogations …
Les personnages du roman de Christian Gailly, L’Incident, m’ont fait vraiment penser à ces herbes qui poussent parce que les graines, le pollen, sont tombés dans des endroits où il n’y avait aucun espoir que ça marche. Alain Resnais
Elle, c'est Marguerite Muir, célibataire entre deux âges à la frimousse enfantine, tignasse rouge ébouriffée roulant en voiture décapotable jaune, collectionneuse de chaussures de marque, dentiste de profession et pilote de Spitfire. Une bourrasque de charme échappée d'un comic book. Lui, c'est Georges Palet, sexagénaire à la retraite installé auprès d'une femme aimante dans un coquet mais décrépit pavillon de banlieue, attelé au bricolage domestique comme à un expédient thérapeutique ... (...)
Il faut le dire avec infiniment de tact et de circonspection, mais ce film dont le génie consiste à avoir un pied dans l'enfance et un autre dans la tombe ressemble à un adieu d'une folle élégance, d'une bouleversante sérénité. Le Monde
Une œuvre d’une tendresse si triste …
Prix exceptionnel du Jury
Réalisation: Alain Resnais. Scénario: Alain Resnais, Laurent Herbiet, Alan Ayckbourn, Jean-Marie Besset. 2014, 108'. Avec: Sabine Azéma (Charlotte), Isabelle Carré (Gaëlle), Laura Morante (Nicole), Pierre Arditi (Lionel), André Dussollier (Thierry), Claude Rich (la voix d'Arthur), Lambert Wilson (Dan), Bruno Podalydès (réalisateur), Françoise Gillard (speakerine), Anne Kessler (présentatrice), Roger Mollien (soldat poète), Florence Muller (critique d'art), Michel Vuillermoz (architecte)
Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée quand ils apprennent que leur ami George Riley n’a plus que quelques mois à vivre.
Sachons aimer, boire et chanter,
C'est notre raison d'exister,
Il faut dans la vie,
Un brin de folie !
Valse Op333 , Orchestre Johann Strauss Vienne
Le dernier Resnais est un autre hommage au théâtre avec des répétitions de scènes. Œuvre quasiment posthume (sortie en France deux mois après sa mort), AIMER, BOIRE ET CHANTER doit être vu comme un adieu émouvant au grand réalisateur français.
Prix Alfred Bauer, Prix FIPRESCI Festival de Berlin