Fritz Lang
1890-1976 

 Ce que je veux : grâce à l'image vivante, avec ses moyens techniques quasiment illimités, créer un art, un art nouveau peut-être, trouver des possibilités artistiques nouvelles et, au bout du compte, donner avec mes films une forme esthétique aux problèmes supérieurs de l'humanité.
 
                                                                                                                                                                     Fritz Lang
Les Trois Lumières. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz  Lang,  Thea von Harbou. 1921; 96'. Avec: Erich Pabst (Le professeur), Karl Platen (pharmacien), Hermann Picha (Taylor), Paul Rehkopf (fossoyeur), Max Pfeiffer, Georg John (mendiant), Lydia Potechina (propriétaire), Grete Berger (mère), Erika Unruh (Ayesha), Lothar Muthel (messager), Edgar Pauly (ami de Girolamo), Louis Brody (Moor), Károly Huszár (empereur de Chine), Paul Biensfeldt (A Hi), Hermann Vallentin, Ernst Ruckert (ministre)
 A une jeune femme venue le voir pour retrouver son fiancé, La Mort la défie de résoudre trois cas. "Si tu parviens à empêcher une seule de ces lumières de s’éteindre alors je sauve ton homme".
-Que cherches-tu en mon royaume, jeune enfant ? Je ne t’ai pas convoquée !
-Où est-il celui que tu m’as volé ?  
-Je ne te l’ai pas volé. Son heure était venue. 
-Je veux aller où est mon aimé.
-Tu vois ici la vie des hommes. Elle brûle et vacille un temps, et s’éteint quand Dieu en décide. Crois-moi c’est une dure charge que la mienne. Une malédiction ! Je suis las de voir les souffrances des hommes et de récolter leur haine parce que j’obéis à Dieu.

Car l’amour est fort comme la mort. /La passion est cruelle comme la tombe. /Elle se propage comme un incendie. /Elle consume plus qu’aucune flamme.                       d'après le Cantique des Cantiques, Chant de Salomon 
 "Der Müde Tod" est littéralement "La Mort fatiguée", en n’oubliant pas que Der Tod est au masculin en allemand. "Le Faucheur fatigué" est donc peut-être plus juste. Le titre anglais "Destiny" résume bien la thèse. Le titre français "Les trois lumières" est explicite sur l’intrigue, et poétique… Mais, à mon avis, il faut rester à l’original pour souligner aussi le désespoir, La Lassitude du Faucheur.
Docteur Mabuse le joueur. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Thea von Harbou. 1922 ; 297'. Avec: Rudolf Klein-Rogge (Dr Mabuse), Aud Egede Nissen (Cara Carozza), Alfred Abel (comte Told), Gertrude Welckler (comtesse Dusy Told)
 Dans l’Allemagne en crise des années 20, le docteur Mabuse, un psychanalyste, se débrouille. De petites affaires en entourloupes, il finit par franchir le pas …
- Comte Told : Que pensez-vous de l’expressionnisme ? 
- Mabuse : L’expressionnisme est un jeu... Mais pourquoi pas ? Tout est jeu aujourd’hui.

[Personne ne la connait ici car elle ne joue jamais elle-même. On l’appelle l’inactive.] 
-Comment une personne comme vous peut-elle se retrouver dans un endroit pareil ? Entre malfrats, joueurs et prostituées … 
-Nous avons le sang fatigué, Hr von Wenk ! Pour supporter la vie nous avons besoin de sensations très spéciales. 
-Mais pourquoi ne jouez-vous pas ? 
-Je préfère observer les passions que le jeu provoque, dans le reflet des autres ; sans être trop en contact avec les joueurs.

-J’ai peur qu’il n’y ait rien au monde qui puisse m’intéresser à long terme … Tout ce qu’on observe d’une voiture, d’une loge, d’une fenêtre, est en partie dégoûtant et inintéressant ; en tout cas c’est ennuyeux. 
-Vous avez raison, Comtesse. 
-Rien au monde n’est intéressant à long terme sauf une chose, le jeu avec les hommes et les destins.  
 Dans l’Allemagne vaincue et écrasée par le Traité de Versailles, la République de Weimar ne fait pas de miracles. Le prolétariat et la masse des chômeurs connait la misère. Certains affairistes et privilégiés se débrouillent, s’amusent dans les cabarets, ou promènent leur spleen …
Le Testament du Dr Mabuse. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz Lang, Thea von Harbou. 1933 ; 122'. Avec: Rudolf Klein-Rogge (Dr Mabuse), Otto Wernicke (comminss.re Lohmann), Gustav Diessl (T Kent), Oscar Beregi (Pr Baum) Wera Liessem (Lilli)
 Pour ses méfaits le docteur Mabuse est condamné. Jugé fou, il est enfermé dans un asile psychiatrique. Mais il n’a pas l’air de renoncer à ses activités criminelles. Et écrit plein de notes …
 Une forme d’aliénation moins inhabituelle qu’on ne le pense, sous le choc des catastrophes, sous l’effet de la terreur, apparaissent souvent des troubles mentaux. L’exemple le plus intéressant d’une telle aliénation est celui du Dr Mabuse. Le malade menait une double vie. C’était un médecin de renom. Soutenu par une logique presque surhumaine, il mettait à profit ses connaissances hypnotiques pour commettre des crimes jusque-là considérés comme impossibles.                  Exposé du Pr Baum
-Professeur, Mabuse était un dangereux criminel. 
-Taisez-vous ! Vous ne savez pas. Personne ne sait quel cerveau surhumain a cessé de vivre avec Mabuse. Ce cerveau aurait anéanti une humanité qui ne sait qu’anéantir, que seule la terreur peut encore sauver. 
-Mabuse le criminel ?! 
-Mabuse le génie ! Son testament spirituel aurait bouleversé le monde ! 
 Car le but ultime du crime est de préparer l’empire absolu du crime. Un état d’incertitude et d’anarchie fondé sur la destruction des idéaux d’un monde voué à la destruction. Quand les hommes seront dominés par la terreur, rendus fous d’épouvante, que le chaos sera la loi suprême, l’heure de l’empire du crime sera arrivée.                 Une note du Dr Mabuse
 Le Testament du Dr Mabuse fut interdit en Allemagne par Goebbels. Mein Kampf parut en 1925, le film en 1933. Il fut l’un des plus grands succès de Lang dans le monde. Beaucoup de critiques s’accordent sur son pessimisme social. Son message politique ne fait pour moi aucun doute.
Le Diabolique Docteur Mabuse. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz Lang,  Jan Fethke, Norbert Jacques, Heinz Oskar Wuttig. 1960 ; 105'. Avec: Peter Van Eyck (Henry Travers, industriel), Dawn Addams (Marion Menil), Wolfgang Preiss (Prof Jordan/ Peter Cornelius le devin/ Dr Mabuse), Gert Fröbe (Commissaire Kras), Werner Peters (Hieronymus Mistelzweig, l'assureur), Reinhard Kolldehoff (Roberto Menil  'Klumpfuß', mari de Marion), Andrea Checchi (Hoteldetektiv Berg), Howard Vernon (No. 12), Nico Pepe (directeur de l'Hôtel)
 Dans l’Allemagne de la fin des années 1950, une série de faits et de crimes étranges amène à se poser des questions. Certains voient des ressemblances avec une autre époque. Il y a trente ans un certain Dr Mabuse sévissait dans l’ombre …
- Vous êtes complètement fou ! 
- Où est la raison ? Où est la déraison ? Non le Dr Mabuse n’était pas fou. (…) C’est son testament que je vais exécuter ! Est-ce que les larves qui l’ont jugé pouvaient le comprendre ? On a vu en lui un malfaiteur. Mais notre monde est une absurdité. Notre civilisation est à détruire et le chaos seul le libèrera.

 De retour en Allemagne après la guerre et la défaite du Nazisme, Lang est dans un autre contexte. La crainte des chevaliers teutoniques se préparant à soumettre l’Europe est remplacée par une autre, celle de l’apocalypse nucléaire. Il ressort alors le pessimisme du Dr Mabuse, ô combien d’actualité ! Ce fut la dernière œuvre de l’immense Lang, un adieu presque lyrique.
Les Nibelungen: Siegfried. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz Lang, Thea von Harbou. 1924 ; 288'. Avec: Margarete Schön (Kriemhild de Burgondie), Paul Richter (Siegfried de Xanten), Hans Adalbert Schlettow (Hagen de Tronje), Hanna Ralph (reine Brunhild d'Islande), Theodor Loos (roi Gunther de Burgondie), Gertrud Arnold (reine Ute de Burgondie), Georg John (Mime), Hans Carl Mueller (Gerenot de Burgondie), Erwin Biswanger (Giselher de Burgondie), Bernhard Goetzke (Volker de Alzey), Hardy von François (Dankwart)
 Siegfried, le héros invincible de la mythologie germanique, après des exploits, épouse la belle Kriemhild de Burgondie.
 Puisses-tu te réfugier derrière mes parents, dans les demeures des dieux ou à l’autre bout du monde, tu n’échapperas à ma vengeance, Hagen de Tronje.                                 Krimhild
 Ce qui m'intéressait, c'était de faire vivre une saga germanique d'une manière différente de l'opéra wagnérien. Dans Les Nibelungen, j'ai voulu montrer quatre univers différents. D'abord un monde de conte : la forêt primitive où vivent le difforme Mime qui apprend à Siegfried à forger son épée, le dragon, le royaume souterrain d'Alberic avec le trésor des Nibelungen. Deuxièmement, le château enveloppé de flammes de la reine Amazone d'Islande Brunhilde. Troisièmement le monde stylisé, légèrement décadent et trop civilisé sur le point de se désintégrer des rois Burgondes qui ont changé leur nom en Nibelungen après s'être emparé du trésor. Et enfin le monde sauvage des Huns et leur choc avec celui des burgondes.                         Fritz Lang
Les Nibelungen: La Vengeance de Kriemhild. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz Lang, Thea von Harbou. 1924 ; 288'. Avec: Margarete Schön (Kriemhild de Burgondie), Hans Adalbert Schlettow (Hagen de Tronje), Hanna Ralph (reine Brunhild d'Islande), Theodor Loos (roi Gunther de Burgondie), Gertrud Arnold (reine Ute de Burg.), Georg John (Mime), Hans Carl Mueller (Gerenot de Burg.), Erwin Biswanger (Giselher de Burg.), Bernhard Goetzke (Volker de Alzey), Hardy von François (Dankwart)
 Kriemhild résolue à venger l’assassinat de Siegfried, épouse le roi des Huns pour faire la guerre à Hagen de Tronje, qui a aussi confisqué le trésor des Niebelungen qu'il a caché dans le Rhin.
-Vous n’êtes pas humaine, dame Krimhild ! 
-Non ! Je suis morte quand est mort Siegfried. 
-Finissons-en ! 
-Je ne pourrai retourner auprès de mon défunt Siegfried que lorsque tous les crimes auront été expiés. 

 L’univers mythique pangermaniste semble dominé par un innommé fondamental, le Destin … 
 Ce combat apocalyptique provoquera la fin des dieux et des hommes. 
 Mais finalement, une nouvelle terre, de nouveaux cieux, de nouveaux dieux, une nouvelle humanité, renaîtront, dont la destinée sera autre, selon les vues insondables du Destin. 

 Mythologie germanique. Vladimir Grigorieff, Les mythologies du monde entier
 Le Dr Goebbels, devant les cinéastes allemands en 1933, a cité Les Nibelungen comme exemple d’œuvre d’avenir. Plus tard, il semble que La Vengeance de Kriemhild, ne fut plus projeté dans le IIIe Reich quelques temps après sa première. Sa fin apocalyptique aurait-elle été reconsidérée par Goebbels ?
Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz Lang, Thea von Harbou. 1927; 153'. Avec: Alfred Abel (Joh Fredersen, maître de Metropolis), Brigitte Helm (Maria/ androïde), Gustav Fröhlich (Freder, fils de Fredersen), Rudolf Klein-Rogge (Rotwang inventeur), Theodor Loos (Josaphat bras droit de Fredersen/ Joseph), Fritz Rasp (espion de Fredersen, grand mince), Erwin Biswanger (Georgy, ouvrier no 11811), Heinrich George (Grot, contremaître, gardien de la machine centrale), Hanns Leo Reich (Marinus)
 Une mégapole du vingtième-et-unième siècle est composée de deux parties : les ouvriers enfermés travaillant avec les machines dans la partie souterraine, les Profondeurs, et les bourgeois dans la partie haute avec ses jardins st ses splendeurs, les Jardins Eternels.
-Que faisais-tu dans la salle des machines, Freder ? 
-Je voulais voir les visages des gens dont les enfants sont mes frères et mes sœurs … Père, tu es le cerveau d’une ville magnifique dont nous sommes tous illuminés. Mais où sont les gens qui ont construit cette ville de leurs mains ? 
-A leur place. 
-A leur place, dans les Profondeurs ?                                          - …           
-Et si un jour, ceux des profondeurs se dressaient contre toi ?    - … 

 Le Cerveau et les Mains veulent se rencontrer, mais pour cela, il leur manque le cœur. Toi, Médiateur, montre-leur le chemin. Le Médiateur entre le Cerveau et les Mains doit être le Cœur !
 L’un des premiers films de science-fiction, et qui en a inspiré beaucoup d’autres. Par sa conception, ses images et effets, il était en avance sur son temps. La conclusion n’est pas, pour une fois, totalement désespérée. Ce qui fut interprété par certains comme une collaboration de classe, ou même un marché de dupe. Lang l’a reniée plus tard.
Premier film inscrit Mémoire du monde de l’UNESCO
M le maudit. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Fritz  Lang, Paul Falkenberg. 1931; 117'. Avec: Peter Lorre (Hans Beckert, alias M), Ellen Widmann (Mme Beckmann), Inge Landgut (Elsie Beckmann), Otto Wernicke (com Karl Lohmann), Theodor Loos (insp Groeber), Gustaf Gründgens (Schränker chef pègre), Friedrich Gnaß (Franz cambrioleur), Theo Lingen (arnaqueur), Fritz Odemar (tricheur), Paul Kemp (pickpocket), Rosa Valetti (aubergiste), Hertha von Walther (prostituée).
 Au début des années 30, un assassin d’enfants sévit dans une ville allemande. De la rumeur à la peur, une psychose s’installe. Quelle réponse apporter à ce problème ?
-Je ne vous ai rien fait. Laissez-moi partir ! Libérez-moi !  
-Tu ne sortiras pas d’ici.
 
-Mais messieurs je ne sais même pas ce que vous me voulez. Il doit y avoir une erreur. 
-Il n’y a aucune erreur.
 
-…Je ne peux pas m’en empêcher. Je n’y peux rien … C’est moi, me poursuivant moi-même.

Cela ne nous consolera pas. Nous devrions mieux surveiller nos enfants.
 On raconte qu’à la sortie du film, Joseph Goebbels nota dans son journal : « Fantastique. Pour la peine de mort. Fritz Lang sera notre réalisateur… » Contresens total. Poursuivi par la police comme par les criminels, le tueur sadique de petites filles a du souci à se faire, mais c’est la loi qui, paradoxalement, peut le sauver. Voir la dernière séquence, libératrice, à disserter en cours de philo.             Télérama
 M le maudit a soulevé plein de débats sur ses intentions ou ses implications. Au lieu de se rapprocher du Dr Goebbels, Lang a fui aux USA. En tant que cinéaste expressionniste il fut alors classé artiste décadent. Je penche donc pour la vision, dans ce film, des vrais assassins qui constituent la menace ultime pour tout le monde.
L'Ange des maudits. Réalisation: Fritz  Lang; Scénario: Daniel Taradash. 1952; 89'. Avec: Marlene Dietrich (Altar Keane), Arthur Kennedy (Vern Haskell), Mel Ferrer (Frenchy Fairmont), Gloria Henry (Beth Forbes), William Frawley (Baldy Gunder), Lisa Ferraday (Maxine)
 Pour venger le meurtre de sa fiancée, un cow-boy, Vern Haskell, traverse les États-Unis à la recherche de son assassin. Il finit par trouver sa trace dans un ranch Chuck-a-Luck (Coup de Chance) tenu par une chanteuse, Altar Keane.
 Le film fut conçu pour Marlène Dietrich, que j'aimais beaucoup. Je voulais faire un film sur une chanteuse de saloon vieillissante mais toujours désirable et sur un vieux tireur qui commençait à perdre de son habileté.
              Fritz Lang
 Un superbe et étrange western, théâtral, lyrique et mélancolique, rythmé par une ballade (la Légende de Chuck-a-Luck) à la manière d'une chanson de geste. C'est une histoire « de haine, meurtre et vengeance », autant de thèmes chers à Lang. Celui-ci recompose ici les contes classiques de l'Ouest pour une complainte crépusculaire.
                                       Encyclopédie Larousse
 Par-delà la différence des genres, et malgré les contraintes des productions hollywoodiennes, se dégage de la succession des films de Lang une vision du monde et l’évidence que Lang est un véritable auteur de films.                             François Truffaut
 Aux USA, Lang a un peu essayé le genre roi ; un résultat est ce beau western sur l’amour et la vengeance. 
 "Ils moururent le même jour, quand leurs revolvers furent vides", raconte en épilogue la chanson du film. 

Les bourreaux meurent aussi. Réalisation: Fritz Lang; Scénario: Bertolt Brecht, John Wexley, Fritz Lang. 1943; 134'. Avec: Brian Donlevy (Dr Franticek Svoboda alias Karel Vanek), Walter Brennan (Pr Stephen Novotny), Anna Lee (Masha Novotny), Nana Bryant (Mme Hellie Novotny), Margaret Wycherly (Ludmilla Novotny), Dennis O'Keefe (Jan Horak), Gene Lockhart (Emil Czaka), Tonio Selwart (chef Gestapo Kurt Haas), Alexander Granach (insp Gestapo Alois Gruber), Reinhold Schuenzel (insp Gestapo Ritter), H. H v. Twardowski (Reinhard Heydrich), Louis Donath (Schirmer), Arno Frey (lt de camp), Sarah Padden (Mme Georgia Dvorak), George Irving (Neeval, un otage), William Farnum (Viktorin, patriote), Byron Foulger (Bartos), Arthur Loft (gl Votruba), Edmund MacDonald (Dr Pillar), Lionel Stander (Banya, chauffeur de taxi)
 L’assassinat à Prague en mai 1942 du Reichsprotektor Reinhard Heydrich, surnommé "Le bourreau",  à Prague. L’enquête et la répression qui s’en suit.
 Reinhard Heydrich, 1904-1942, a été l’un des tout premiers personnages du IIIe Reich. Il était sportif : course, voile et l’escrime à un niveau professionnel. Numéro 2 de la Gestapo, il se battit sur le terrain avant d’en être interdit par le Führer. Il fut un dirigeant de la Nuit des Longs Couteaux, il a organisé la provocation de Gleiwitz prétexte au déclanchement de la guerre. Chef du RSHA, sécurité d’état du Reich, il a présidé la Conférence de Wannsee où fut décidée "la solution finale de la question juive en Europe". Il fut souvent reçu au Berghof. A sa mort, il reçut des funérailles nationales avec l’éloge funèbre de Himmler et l’intervention de Hitler : « Il était l'un des meilleurs nationaux-socialistes, l'un des plus vaillants défenseurs de l'idée du Reich allemand, et l'un des adversaires les plus résolus de tous les ennemis du Reich ».
 Après la guerre, le général Moravec, commandant des services secrets tchèques, justifiera l’opération Anthropoïd en ces termes : « Dans une société régie par des lois normales, un assassinat ne peut en aucun cas se justifier moralement. Mais quand une nation est réduite à l’esclavage par des assassins et des fanatiques, un attentat peut constituer le seul remède au mal. Dans ce sens, l’assassinat de Reinhard Heydrich était parfaitement justifié. »
 Hangmen Also Die a bien entendu été censuré par le docteur Goebbels et ne fut donc jamais projeté dans le Troisième Reich. 
 La curiosité est que le film a été aussi censuré par le sénateur MacCarthy qui y a vu des accents communistes.

 Un acte de résistance consistant à assassiner un haut responsable ennemi, est-il légitime ? Cet assassinat est-il soutenable à posteriori sachant qu’il a fait, immédiatement, plus d’un millier de victimes, la plupart innocents, en représailles ?
Le tigre du Bengale. Réalisation: Fritz Lang; Scénario: Fritz Lang, Werner Jörg Lüddecke. 1959; 97'. Avec: Paul Hubschmid (Harald Berger), Debra Paget (Seetha), Walter Reyer (Le Maharaja Chandra), Luciana Paluzzi (Bharani), Jochen Blume (Asagara), Claus Holm (Walter Rhode), Sabine Bethmann (Irène Rhode), Rene Deltgen (prince Ramigani), Jochen Brockmann (rajah Padhu), Valéry Inkijinoff (Yama, le Grand-prêtre)
 L’architecte Allemand Berger se rend à Eschnapur pour y réaliser des travaux. En chemin il sauve d’un tigre Seetha une belle danseuse sacrée Hindoue qui, elle aussi était invitée chez le Maharaja et s’y rendait.
-J’ai eu la vision de deux tigres se livrant un combat acharné dont j’étais l’enjeu, un combat cruel et meurtrier ... L’un d’eux avait votre regard.
-Et qui était l’autre tigre ?
-L’Inde sacrée.
-Nos maquettes sont arrivées. Quand dois-je vous les soumettre, Altesse ?
-Nous avons tout le temps. 
-Tout le temps pour un tel projet ! 
-Sachez Hr Berger que le temps ne compte pas aux Indes. Et toute hâte nous parait futile au regard de l’éternité. 
-Hr Rhode, je voudrais faire d’abord édifier un mausolée. 
-Un tombeau ? 
-Oui, le tombeau le plus somptueux qu’on ait jamais rêvé. Je vous ferai donner les marbres les plus rares et les pierres les plus nobles, des turquoises, des émeraudes, des rubis. Que ce soit une sépulture digne d’un amour infini. D’un amour à jamais défunt dont la perte a brisé mon cœur.  ...
-Elle vit et déjà vous songez à un tombeau ! 
-La vie n’est-elle pas un bien fragile ? La sienne pourrait ne durer que le temps de construire son tombeau. Et vous construirez ce tombeau afin que je puisse un jour y ensevelir mon amour. Pour la première fois de ma vie je sens gronder en moi un sentiment que j’ignorais, l’impatience.

« S’accomplit ainsi le fantasme d’une aventure naïve, relevée d’une puissante charge érotique, en plus des pulsions de mort et de la quête spirituelle toujours présentes chez Fritz Lang. »                       Télérama
Le tombeau hindou. Réalisation: Fritz Lang; Scénario: Fritz Lang, Werner Jörg Lüddecke. 1959; 101'. Avec: Paul Hubschmid (Harald Berger), Debra Paget (Seetha), Walter Reyer (Le Maharaja Chandra), Luciana Paluzzi (Bharani), Jochen Blume (Asagara), Claus Holm (Walter Rhode), Sabine Bethmann (Irène Rhode), Rene Deltgen (prince Ramigani), Jochen Brockmann (rajah Padhu), Valéry Inkijinoff (Yama, le Grand-prêtre)
 Suite du Tigre du Bengale. Seetha et Berger ont fui la colère du Maharaja. Et des intrigues pour le pouvoir se trament …
 A la fin des années 50, Fritz Lang revient en Allemagne et signe pour le producteur Artur Brauner un splendide diptyque indien, "Le Tigre du Bengale" et "Le Tombeau hindou". Ces deux sublimes films d’aventures poétiques et philosophiques seront le sommet testamentaire de l’œuvre de Lang.         Arte
 Retourne à tes livres saints et à tes études, mon enfant. Il est venu vers moi quelqu’un qui te remplacera désormais ; un homme qui est venu chercher la paix dans l’humilité et le renoncement.                     Le Yogi
 En France les deux films indiens furent, dès leur sortie, placés très haut, parfois même plus haut que M et les films américains. Godard, Chabrol et d’autres purent parler d’aboutissement de toute l’œuvre de Lang et «d’œuvres d’une perfection absolue».       L.H. Eisner
 Parfois classé film d’aventure romanesque, le diptyque hindou est une réflexion sur l’amour, le pouvoir, la condition humaine. Un maharaja déchiré entre sa culture hindoue avec le mythe du Taj Mahal, et son apport européen, cherche son salut. Ce cheminement fait de cette œuvre le monument sublime bâti par Lang.