Nihon eiga   

L’Elégie d’Osaka. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda. 1936; 79'. Avec: Isuzu Yamada (Ayako Murai), Seiichi Takegawa (Junzo Murai), Chiyoko Okura (Sachiko Murai), Shinpachiro Asaka (Hiroshi Murai), Benkei Shiganoya (Sonosuke Asai), Yôko Umemura (Sumiko Asai), Kensaku Hara (Susumu Nishimura), Eitarô Shindô (Yoshizo Fujino), Kunio Tamura (dr Yoko)
 Une charmante jeune fille concentrée sur son travail et ses projets d’avenir se compromet avec son patron pour secourir son père. Sans réaliser les conséquences.
-Comment ça va ? … Que faites-vous donc ici ? 
-Je suis un chien errant. Je ne sais pas quoi faire. 
-Vous n'êtes pas malade ? 
-Si, je suis malade... atteinte d'un mal superbe appelé "dépravation"… Dites, Docteur... 
-Oui ? 
-Une fille atteinte de ce mal, comment ça se soigne ? 
- … Ce n'est pas dans mes compétences. 
 L’un des premiers films parlant de Mizoguchi. Une œuvre mélancolique où apparait, avec la modernisation ou mondialisation du Japon, le déclin des valeurs traditionnelles et de la solidarité familiale.
Conte des chrysanthèmes tardifs. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi. 1939; 144'. Avec: Kakuko Mori (Otoku), Shôtarô Hanayagi (Kikunosuke Onoue), Kôkichi Takada (Fukusuke Nakamura), Gonjurô Kawarazaki (Kikugoro Onoue), Tokusaburo Arashi (Shikan Nakamura), Yôko Umemura (Osata)
 A la fin du 19e siècle, un grand acteur de kabuki entraine son fils destiné à lui succéder. Le jeune homme a du mal à répondre à ces attentes jusqu’à l’apparition d’une fille sincère.
-Jeune Maître... Je vais être franche. 
-Vas-y, parle franchement. 
-Vous allez succéder au Maître actuel. Vous êtes encore jeune. Je comprends que vous vous amusiez... de temps en temps avec vos admirateurs. Mais il ne faut pas perdre votre art de vue. Le Grand Maître dit souvent : « Ce qui compte pour nous, c'est l'art ; l'art avant tout, l'art seul. Sans son art, mon prédécesseur n'aurait été qu'un homme banal. » 

 Il est bien connu que les lions précipitent leurs lionceaux du haut de la montagne vers le fond de la vallée, trois jours après leur naissance.  
 Après avoir erré parmi les rochers, le lionceau revient sur scène encore novice comme je le suis. Nous faisons des efforts jour et nuit, pour être de meilleurs serviteurs de l'art.

 Son grand sujet, c'est la femme, la force de la femme surtout. (...) Et d'ailleurs toutes ses actrices sont bien plus fortes que ses acteurs.
                Hiroshi Mizutani, décorateur de Mizoguchi, Cahiers du Cinéma
 Les difficultés d’un artiste à percer. On y voit qu’un pygmalion était parfois mal vue dans le Japon ancien aussi, comme ailleurs, surtout s’il s’y ajoute des problèmes de classe sociale. 
 Un hommage au théâtre traditionnel et un drame sentimental émouvant.

Miss Oyu. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda, Junichirô Tanizaki. 1951; 95'. Avec: Kinuyo Tanaka (Oyû Kayukawa), Nobuko Otowa (Shizu), Yuji Hori (Shinnosuke Seribashi), Kiyoko Hirai (Osumi), Reiko Kondo (Otsugi Kayukawa), Eijirô Yanagi (Eitaro), Eitarô Shindô (Kusaemon)
 A Kyoto dans les années trente, une jeune fille est présentée par sa famille au jeune homme qu’on lui destine. Ce dernier a un choc inattendu.
 Jusqu’à présent, Oyu s’est toujours opposée aux demandes en mariage de tous mes prétendants, pour ne pas me perdre. Mais cette fois-ci, elle a dit que si je t'épousais, ce serait comme hériter d’un autre frère.
 Tu m’as quitté./ J’avais pensé couper les roseaux/ qui bordent les plages désolées de Naniwa./ Mais de plus en plus, de plus en plus,/ je désire./
 Ce n’était pas censé se passer ainsi…

Le coupeur de roseaux, de Junichirô Tanizaki. Traduit par Daniel Struve 
 Lors d'une promenade autour d'un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l'histoire de la belle OYû, perverse et inacessible... Un court roman, librement inspiré d'un vieux conte, pour découvrir un immense écrivain japonais. 

 Une histoire sur laquelle on peut se méprendre quand elle est vite résumée. Sous la direction du maitre, c'est une grande symphonie. Sur le plan formel on est sous le charme des paysages de jeunes feuilles, de cerisiers du Japon en fleurs, de l’architecture des structures en bois. Sur le fond, des aspects de l’amour, du don de soi, de la fraternité. 
 Une magnifique symphonie qui résonne longtemps au fond du cœur par sa beauté et sa profonde tendresse.

La Vie d'O'Haru femme galante. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi. 1952; 137'. Avec: Kinuyo Tanaka (Oharu), Tsukie Matsuura (Tomo, la mère d'Oharu), Ichirô Sugai (Shinzaemon, le père d'Oharu), Toshirô Mifune (Katsunosuke), Toshiaki Konoe (Seigneur Harutaka Matsudaira), Kiyoko Tsuji (sa femme), Hisako Yamane (dame Matsudaira)
  Fille d'une famille aristocratique, introduite à la cour impériale de Kyoto, O’Haru tombe amoureuse d'un homme d'une classe sociale inférieure. Dès lors, tout son monde chancelle.
-Que fais-tu là ? 
-Je regarde les dieux. Ils leur ressemblent. 
-Qui donc leur ressemblent ? 
-Les hommes que nous avons rencontrés dans notre vie. Regarde, beaucoup d'hommes leur ressemblent. 
- ... Mais c'est vrai ! Ce sont des visages connus, aimés ...

 Un regard sans concession sur le Japon féodal ; les problèmes de classes sociales, le rôle de la femme. Une grande tristesse pour les femmes0 ; de la compassion pour elles et les classes inférieures.
Les Contes de la lune vague après la pluie. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi. 1953; 93'. Avec: Masayuki Mori (Genjuro), Machiko Kyô (Lady Wakasa), Kinuyo Tanaka (Miyagi), Eitarô Ozawa (Tobei), Ikio Sawamura (Genichi), Mitsuko Mito (Ohama), Kikue Môri (Ukon)
 Dans le Japon du 16e siècle, deux couples de paysans voisins vivaient tranquillement dans un village. Mais les deux hommes commencèrent à avoir de grands rêves d’élévation sociale, que leurs femmes essayaient de tempérer…
 Ces contes ont inspiré à l’homme moderne des visions fantastiques.
Ce film au style nouveau est né de ces visions.               
En Exergue
 Moi aussi, j’ai réussi. (…) Tu dois en être heureux ! (…) Ma chute est le prix de ton ascension ! (...) Reprends courage !
 Je suis à côté de toi. Tu es revenu à toi. Reprends ta place. Remets-toi au travail… Comme c’est joli ! T’aider est mon plus grand plaisir.
 Un beau conte sur l’ambition et les conséquences qu’elle peut avoir sur l’entourage et les valeurs essentielles.
Lion d'argent Venise
L'Intendant Sansho. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda. 1954; 124'. Avec: Kinuyo Tanaka (Tamaki), Yoshiaki Hanayagi (Zushiô), Kyôko Kagawa (Anju), Eitarô Shindô (Sanshô dayû), Akitake Kôno (Taro) Masao Shimizu (Masauji Taira)
 Le parcours d’un dignitaire épris de justice et d’égalité, et de sa famille, dans le Japon esclavagiste du Moyen Age.
Au 11e siècle, quand l’homme ignorait sa valeur cette légende nous est parvenue.
                                                                                   
En Exergue
Un homme sans compassion n’est pas humain. Sois dur pour toi-même et généreux pour autrui.
 Puisses tu renaître chez les riches ; chez des gens haut placés.
 Le combat pour la justice, l’asservissement et l’émancipation des opprimés n’a jamais été facile. Mizoguchi prend le parti de nous en montrer un magnifique exemple ici, malgré son coût exorbitant.
Lion d'argent Venise
Les Amants crucifiés. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi. 1954; 102'. Avec: Kazuo Hasegawa (Mohei), Kyôko Kagawa (Osan), Yoko Minamida (Otama), Eitaro Shindo (Ishun), Chieko Natiwa (Oko), Sakae Ozawa (Sukeyemon), Haruo Tanaka (Gifuya Doki), Ichiro Sugai (Gembei)
 Au 17e, Osan sollicite l'aide de Mohei, qui travaille pour son mari, afin d'éponger les dettes de sa famille. Accusés à tort d'être des amants, Osan et Mohei doivent s'enfuir.
 Si la poésie apparaît à chaque seconde, dans chaque plan que tourne Mizoguchi, c’est que, comme chez Murnau, elle est le reflet instinctif de la noblesse inventive de son auteur.                      Jean-Luc Godard
-Les hommes ont le droit de fauter, mais on crucifie les femmes pour ça. Quelle affreuse injustice ! 
-Mesure tes paroles !               
-Pourquoi faut-il qu’on les crucifie ? Ils n’ont tué personne. Ils n’ont rien volé.                
-C’est vrai. Quel malheur !
-Tu ne les plains pas ? 
-Bien sûr que si. Mais nul ne doit aller contre les lois. C’est pourquoi on les punit.
 Le Japon ancien avec ses dures lois. La dénonciation d’une vision de la société très injuste pour les femmes est illustrée par un amour impossible, même s’il force le respect.
La Rue de la honte. Réalisation, Scénario: Kenji Mizoguchi, Masashige Narusawa. 1956; 97'. Avec: Machiko Kyô (Mickey), Aiko Mimasu (Yumeko), Ayako Wakao (Yasumi), Michiyo Kogure (Hanae), Kumeko Urabe (Otane), Yasuko Kawakami (Shizuko), Hiroko Machida (Yorie)
 La question de la prostitution au Japon, illustrée par une célèbre rue de Tokyo.
-Sous l’occupation américaine, on nous a demandé d’abriter ces innocentes. On a emprunté pour construire. Maintenant, ils veulent interdire la prostitution. Nous n’avons pas fini de payer. Le gouvernement est fou. 
-Mais il ne peut pas oublier l’opinion publique ! 
-Nous sommes ici depuis quatre générations. Yoshiwara existe depuis 300 ans. Un commerce qui dure autant est utile, non ?
-Yumeko est un peu perdue depuis la scène avec son fils. 
-Quel garçon ingrat ! 
-Chacun est égoïste. Ils sont nos parents ou nos enfants quand ça les arrange. Mais c’est idiot de compter sur eux.

 Le dernier Mizoguchi est triste comme la fange. Peut-être le Maître l’a-t-il voulu ainsi. Pour ses adieux, il est revenu encore sur ces femmes entrainées par les circonstances, les violences, rarement la facilité ou l’envie. Il eut pour elles comme pour les autres opprimés toute la compassion qui leur est due 
 Pendant ses vingt dernières années, il fut un réalisateur prolifique avec environ une trentaine de long-métrages. Kenji Mizoguchi fut le premier grand cinéaste Japonais ; et par son soutien permanent aux victimes, un progressiste.

Printemps tardif. Réalisation, Scénario: Yasujiro Ozu, Kogo Noda. 1949; 104'. Avec: Chishu Ryu (Shukichi Somiya), Setsuko Hara (Noriko Somiya), Yumeji Tsukioka (Aya Kitagawa), Haruko Sugimura (Masa Taguch), Hohi Aoki (Kasuyochi), Kuniko Miyake (Akiko Miwa), Toyoko Takahashi (Shige)
 A 27 ans, une belle jeune femme souriante vit heureuse avec son père veuf qu’elle adore. Elle n’envisage pas de se marier synonyme de briser le cocon.
-Tu t’es enfin décidé à la laisser partir. Elle fera une bonne épouse. 
-Mieux vaut avoir un fils. Une fille quitte la maison dès qu’on a fini de bien l’élever. Si elle ne se marie pas, tu as des soucis. Si elle se marie, tu as de la peine.
 Un style limpide, une mise en scène dépouillée et de longs plans fixes au ras du sol. Une composition harmonieuse des décors, de la maison japonaise en particulier, toute en lignes droites et parallèles. La forme la plus simple pour mieux explorer les sentiments. Ozu décrit, avec justesse et beauté, un amour inconditionnel entre un père et sa fille, merveilleusement interprété par Chishu Ryu et Setsuko Hara, ses comédiens fétiches. C'est pur, subtil et déchirant.                   La Cinémathèque Française
 Une belle histoire d’amour, sans équivoque entre un père et une fille. Même si un spécialiste assombrirait peut-être spontanément le tableau en sondant du côté d’Electre, ou d’Œdipe, pour nous autres il y a ici une relation fusionnelle qui fait rêver et qui nous touche.
Prix Mainichi JP
Eté précoce. Réalisation, Scénario: Yasujiro Ozu, Kogo Noda. 1951; 125'. Avec: Setsuko Hara (Noriko Mamiya), Chikage Awashima (Aya Tamura), Shuji Sano (Sotaro Satake), Ichiro Sugai (Shukichi Mamiya), Chieko Higashiyama (Shige Mamiya)
 Une fille fête ses 28 ans dans l’appartement familial avec son père et sa mère. Elle ne semble pas pressée contrairement au reste de la famille.
-Arrête. Ce sont des jeunes filles, ça va les effaroucher. 
-Ça fait longtemps qu’on ne joue plus à la toupie, hein ?

-Nous ne sommes plus de bébés, hein ?
 
-C’est incompréhensible pour des jeunes filles, hein ?
-Ha, ha ha ! 
-Si on n’a pas goûté au mariage, on ignore ce qu’est le bonheur, ha ha, ha. 
-C’est quoi le mariage ? L’anticipation d’une chose agréable. Comme avant de parier aux courses. On se demande sur quel cheval miser … Ha, ha, ha.

 I wanted to describe such deep matters as reincarnation and mutability, more than just telling a story. For this reason, Early Summer was one of the most demanding work I've done in years. There was criticism about the children being unruly. In my view, children and adults have different "rules". When they grow up, they too will change. As for acting, it's best to leave things unexpressed, something to ponder or savour. Those who appreciate this have themselves reached a transcendent state. Hara Setsuko is a fine person. If only there were four or five more such persons.              Yasujiro Ozu
 Le changement structurel de la famille traditionnelle nippone  abordé, et admis, dans un récit exempt d’amertume.
Kinema Junpō JP
Le goût du riz au thé vert. Réalisation, Scénario: Yasujiro Ozu, Kogo Noda. 1952; 111'. Avec: Shin Saburi (Mokichi Satake), Michiyo Kogure (Taeko Satake), Koji Tsuruta (Noboru Okada), Chishu Ryu (Sadao Hirayama), Chikage Awashima (Aya Amamiya), Keiko Tsushima (Setsuko Yamauchi)
 Le parcours d’un couple de la moyenne bourgeoisie sous le regard instructif de leur jeune nièce aimant la compagnie de sa tante.
-C’était le bon vieux temps à Singapour.   -Oui, mais on ne veut plus de guerre. Ça suffit.
-C’était si beau ces palmeraies !                -Et les étoiles la nuit ! 
-Les camarades ! Notre chanson préférée : Il avait voulu charger en première ligne,/ il en mort, mon compagnon d’armes./ Je tiens l’urne funéraire, serrée sur ma poitrine,/ à Singapour au petit matin./ Ami, regarde donc l’océan apaisé … 
                        Rencontre fortuite d'un ex-Jeune soldat avec son ex-Caporal
This portrait of married middle age is deliciously flavoured with mystery and melancholy.                               The Guardian
 The script was written during the war. As the company thought it was such a waste to let a once-censored script sit and gather dust, I fished it out of the drawer. In the original screenplay, the protagonist was called up to the front. Since times had changed, that was amended to a job transfer to South America. Admittedly, this weakened the dramatic development. Nevertheless, what mattered was the woman's perspective regarding men. Rather than dwelling on his appearance, or whether he has refined taste and interests. I wanted to emphasize that as a man, he has his good points.              Yasujiro Ozu
 Des hommes marqués par des souvenirs douloureux, parfois pas très expressifs, souvent incompris dans leur couple ; mais qui essaient courageusement de construire un futur.