Le Voyage des comédiens. Réalisation, Scénario: Theo Angelopoulos, Petros Markaris. 1975; 323'. Avec: Eva Kotamanidou (Electre), Aliki Georgouli (mère d'Electre), Stratos Pachis (père d'E), Maria Vassiliou (Chrysothemis, soeur d'E), Petros Zarkadis (Oreste), Kyriakos Katrivanos (Pylade), Giannis Fyrios (musicien), Nina Papazaphiropoulou (vieille femme), Alekos Boubis (vieil homme), Grigoris Evangelatos (poète), Kosta Stiliaris (commandant), Vangelis Kazan (Egisthe, amant de la mère d'E), Petros Markaris
Dans les années de guerre et d'après, une troupe de comédiens parcourt la Grèce en jouant une pièce fondée sur la tragédie des Atrides.
Malgré les affrontements et autres bouleversements sociaux.
La pièce en cinq actes que vous allez voir ce soir est l'immortelle idylle de Spyridon Peresiades : "Golfo, la bergère".
L'amour de Golfo, tragique, résonnera jusqu'au fond de vos cœurs.
Mon point de départ était une troupe de théâtre qui fait une tournée en province, un long voyage dans l’espace grec et dans l’histoire fort bouleversée de la Grèce entre 1939 et 1952. Puis peu à peu d’autres éléments sont venus se greffer à cette idée de base, notamment une transposition des rapports des personnages du mythe des Atrides. ...
La pièce que joue la troupe de village en village, Golfo la Bergère fonctionne à de multiples niveaux : c’est d’abord le gagne-pain de la troupe, c’est aussi une conception de l’art théâtral, c’est enfin un "texte" comme d’ailleurs le mythe des Atrides. Mais comme texte, il est constamment violé, jamais achevé, toujours interrompu par l’irruption de la scène historique. Theo Angelopoulos
Des dialogues d’une pièce classique, des chants et des silences, sur une page essentielle de l’histoire de la Grèce du 20e siècle. Une œuvre originale, qui réussit à éviter la censure du Régime des Colonels, mais fut boycottée par ses successeurs sous l’accusation de quasi propagande communiste.
Meilleur film GR, Prix Critique Cannes, Grand Prix UK, Prix Age d'Or BE
Alexandre le Grand. Réalisation, Scénario: Theo Angelopoulos, Petros Markaris. 1980; 210'. Avec: Omero Antonutti (Alexandre), Eva Kotamanidou (belle-fille d'Alexandre), Michalis Yannatos (guide), Grigoris Evangelatos (instituteur), Christoforos Nezer (Mr Zelepis), Laura De Marchi (anarchiste italien), Toula Stathopoulou (femme du village), Thanos Grammenos (un homme du village)
Au début du XXe siècle, en Grèce. Un bandit de grands chemins, Alexandre, devient le héros du peuple pour avoir su répondre à leurs besoins de justice et de vérité. Synopsis Editeur
Alexandre, descendant des Hères, une tribu de guerriers qui régnait sur les montagnes, réunit les plus braves des Macédoniens, chassa l'ennemi étranger et libéra notre terre. Apportant la victoire et libérant les peuples sur son sillage, il parvint aux confins de l'Asie.
Un soir, alors qu'il regardait le soleil disparaître dans l'eau du fleuve, il se sentit envahi par la tristesse. Cette nuit-là, il abandonna ses compagnons et partit, seul, à la recherche du bout du monde. Exergue
Greek people have grown up caressing dead stones. I've tried to bring mythology down from the heights and directly to the people, in both The Travelling Players and 0 Megalexandros. The title is not "Alexander the Great," but "Megalexandros," who exists in popular, anonymous legends and fables, and has nothing to do with the historical Alexander-he evokes a totally different personage. For this reason we have had difficulty finding a translation for the title.
The legend of Megalexandros originated in 1453 under Turkish domination, and it has come down through oral tradition over the centuries. It embodies one of the deepest of Greek sentiments, that of waiting for a liberator, even a Messiah-he's a kind of Christ figure, and in the film is also identified with St George.
Theo Angelopoulos
Une réflexion sur la lutte pour une organisation moins injuste de la société. Est-ce possible sans des contraintes, voire la violence ? Que veut dire un autocrate, ou un tyran, face à une réalité historique donnée …
Le pas suspendu de la cigogne. Réalisation, Scénario: Theo Angelopoulos, Tonino Guerra, Petros Markaris, Thanassis Valtinos. 1991; 137'. Avec: Marcello Mastroianni (Politicien), Jeanne Moreau (Femme), Gregory Patrikareas (Alexander), Nadia Mourouzi (amie d'Alexander), Ilias Logothetis (Colonel), Dimitris Poulikakos (Photographe), Gerasimos Skiadaressis (Serveur)
Au nord de la Grèce des réfugiés de différentes origines tentent de franchir la frontière. Un reporter de télévision croit même y voir un homme politique disparu.
-Savez-vous ce qu'est une frontière? À cette ligne bleue finit la Grèce. Si je fais un autre pas, Je suis "ailleurs"... ou bien je meurs.
...
-Vous entendez ? -Non.
For me the concept of borders has always been a concept which has generated strange associations, which has circulated and stimulated my thought. A dark, unexplored region. A concept of borders which was not just the geographical boundaries, but the limits of existence. The limits between life and death, the limits in love, the limits in language, in communication. Theo Angelopoulos
Une ligne séparant deux pays… Angelopoulos pose ici un regard particulièrement pertinent sur un mot que les pouvoirs, les organisations humaines ont créé pour séparer beaucoup de choses…
Le premier volet de la trilogie consacrée aux frontières nous interroge terriblement.
Le Regard d'Ulysse. Réalisation, Scénario: Theo Angelopoulos, Tonino Guerra, Petros Markaris. 1995; 170'. Avec: Harvey Keitel (A), Erland Josephson (S), Maia Morgenstern (femme d'Ulysse), Thanasis Vengos (Taxidriver), Giorgos Mihalakopoulos (ami)
Un cinéaste grec exilé revient dans son pays, à la recherche des bobines originales perdues du premier film réalisé dans les Balkans par les frères Manakis au début du XXe siècle. Cette quête l’amène à traverser différents pays des Balkans, après la chute du communisme.
-Quel est leur problème ?
-Décider qui est arrivé le premier dans les Balkans, les Serbes ou les Albanais… C’est la faute à Hegel qui a influencé Marx.
- …
-Je devrais partir, mais comment te laisser. Buvons plutôt. Aux années de Paris. A Françoise, à Helga… à Michelle, à Monique, à Antigone… A nos espoirs déçus… Au monde qui n’a pas changé… malgré tous nos rêves…
-… A Kazouko… A Kostas… A tous ceux qui ont choisi de partir tôt…
I am referring to the myth, not to Homer's text. It is the same myth I used before in Voyage to Cythera. According to the myth, Ulysses comes back to Ithaca but does not stay there. After a while he leaves again on another journey. The film itself is the personal journey of a man, a filmmaker we know as "A," seeking a way out of a crisis that is not only his own, but that of an entire generation. He questions himself whether can he still see clearly the things that are going on around him, can he still create, is there anything more for him to discover, and any new things for him to invent? To a great extent, his crisis is my own too. The film is also a journey through the Balkan and European history of the twentieth century, in search of the three lost reels of the original Manaki films, a search that takes us across the history of cinema, which, as it happens, is also that of our century. Theo Angelopoulos
A Sarajevo commença et finit la tragédie du XXe siècle avec la dislocation de la Yougoslavie symbolisant la chute des idéologies. Le deuxième volet de la Trilogie des Frontières pose un regard désenchanté sur les populations dans ce siècle maudit.
FIPRESCI Cannes, Best European Film EU
L'Éternité et Un Jour. Réalisation, Scénario: Theo Angelopoulos, Tonino Guerra, Petros Markaris. 1998; 137'. Avec: Bruno Ganz (Alexandre), Isabelle Renauld (Anna), Fabrizio Bentivoglio (poète), Achileas Skevis (enfant), Alexandra Ladikou (mère d'Anna), Despina Bebedelli (mère dÂlexandre), Eleni Gerasimidou (Urania), Iris Chatziantoniou (fille), Nikos Kouros (Onkel), Alekos Oudinotis (père), Nikos Kolovos (docteur)
Un écrivain, au crépuscule de sa vie, rêve ; se souvient …
Tout portait à croire qu'avant la fin de l'hiver...
Mon seul regret, Anna... mais est-ce le seul ?, c'est de n'avoir rien terminé.
Tout est resté à l'état d'ébauche. Des mots jetés par ci par là...
-Petit oiseau exilé et malheureux/ Un pays étranger a le bonheur de t'avoir/ Et moi je me languis de toi/ Que te faire parvenir, ma petite fleur ?/
-Tu as dit ''ma petite fleur'' ? Répète ce que tu disais... la chanson... redis-la !
The three words are:
*korfulamu that's a delicate word, and the exact translation of it is something like "heart of a flower," but in Greece the word is used to express the feeling of a child when it sleeps in the arms of its mother.
*xenitis, which derives from the root for strangeness, and it means a stranger, but a stranger who is a stranger everywhere. Xenos is the word for stranger, but xenitis is the one who finds himself in the situation of being a stranger, and it describes the feeling of being a stranger. Or a feeling of exile.
*argathini, and that means "very late at night."
Those are the three words Alexander finds in the course of his game with the boy, and which at the same time somehow comment on the life he has lived.
Theo Angelopoulos
Angelopoulos clôt ici sa Trilogie des Frontières sur une note poétique, dans le décor des sublimes ruines antiques de la Grèce éternelle et de ses îles.
Un renoncement apaisé ? Ou bien, la nostalgie de ce qu’on quitte …
Les adieux pleins d’élégance, et le chant du cygne d’un grand réalisateur.
Skanderbeg Le Grand Guerrier Albanais. Réalisation, Scénario: Sergueï Ioutkevitch, Mikhaïl Papava. 1953; 123'. Avec: Akaki Khorava (Georgi Kastriot, Skanderbeg), Besa Imami (Donika), Adivie Alibali (Mamika), Semyon Sokolovsky (Hamza), Veriko Anjaparidze (Dafina), Georgi Chernovolenko (Marash), Naim Frashëri (Pal), Marie Logoreci (Comtesse)
Fresque historique sur le héros national albanais Gjergj Kastriot Skanderbeg, qui s’opposa aux Ottomans.
Sachez que lorsque nos montagnards s’entretuent, les ennemis de l’Albanie se réjouissent.
Celui qui voudra verser le sang entre nous, deviendra aussi mon ennemi. A partir d’aujourd’hui, les épées albanaises ne s’attaqueront qu’à l’ennemi. Georgi Skanderbeg
Les Albanais se régalent toujours des films produits par le Kinostudio de Tirana à l’époque de la dictature d’Enver Hoxha, mais l’Institut des Crimes du Communisme voudrait interdire leur diffusion. Un projet qui suscite une vague d’indignation dans tout le pays, toujours très attaché à ces classiques salués par les professionnels pour leurs exceptionnelles qualités formelles.
Diffusés quotidiennement sur les chaînes du pays, qu’elles soient publiques ou privées, les films de l’époque communiste jouent un rôle important dans la propagation de la nostalgie du régime. C’est en tout cas l’avis de l’écrivain Agron Tufa, qui dirige l’ICC. « Ces films causent de grands dommages à la santé publique et constituent une catastrophe éthique et esthétique qui affecte les jeunes générations ! » Début mars, son institut a demandé qu’une loi interdise leur diffusion à la télévision afin de « décommuniser la société ».
« Les films n’ont pas commis les crimes de l’époque Hoxha », rétorque le réalisateur et critique Mark Cousins. Selon lui, la majorité des films du Kinostudio célébraient de nombreuses valeurs positives comme « la solidarité entre travailleurs, le féminisme ou l’antifascisme » à l’inverse des discours de haine des productions du IIIe Reich. Tout en respectant la mémoire des victimes, il appelle à ne pas « simplifier la complexité du passé », les films du communisme n’étant, selon lui, « ni meilleurs ni pires que leur époque. Ils sont leur temps : témoins de ce qui a été pensé et ressenti ». Courrier des Balkans – 10.07.2017
Dans l’Albanie de 2016, beaucoup de statues de Marx, Engels, Lénine et Hoxha avaient été déboulonnées. Mais partout trônait la grande statue de Skanderbeg.
Je n’y ai pas beaucoup communiqué surtout à cause de la barrière linguistique. Mais chez ceux avec qui j’ai discuté, j’ai vu les soucis du quotidien ; et, effectivement une pointe de regret d’un passé où ils avaient peu, mais au moins le vital. Jamais d’insulte contre le Camarade Enver.
Meilleur film Tirana, Moscou Prix du film international Cannes
Face à Face. Réalisation, Scénario: Kujtim Çashku, Ismaïl Kadaré. 1979; 113'. Avec: Katerina Biga (Jelena Graçova), Rajmonda Bulku (Zana), Thimi Filipi (Xhemal Struga), Timo Flloko (Inxhinier Sergej), Arben Imami (Arben Struga), Bujar Lako (Mujo Bermema), Sulejman Pitarka (Shelenvi), Kadri Roshi (Belul Gjinomadhi), Mevlan Shanaj (Besniku), Agim Shuke (Comisaire)
En 1979, le divorce idéologique entre le PCA et le PCUS amène des tensions dans la grande base albanaise de Vlora où les soldats Albanais cohabitent avec les Soviétiques.
Discours, à distance, des commandants Soviétique et Albanais à leurs soldats:
-Cette base est la plus sensible de tout le camp socialiste. Les Albanais se sont révoltés contre l’URSS ; et se préparent à quitter le camp socialiste. Nous nous opposerons à ça.
-Cette base a été crée pour protéger le communisme. L’URSS a trahi le communisme. Nous sommes donc ici, non pas avec des soldats amis, mais des ennemis. Le Parti, avec le camarade Enver, nous demande de conserver cette base pour l’Albanie.
« Dans la servitude, j’étais en train d’écrire un roman libre. Un livre triste comme un requiem. Contre la dictature. Tout y était vrai, hormis le portrait du dictateur ». Ismaïl Kadaré se justifie qu’il fallait mettre « un masque correcteur » sur le visage du dictateur pour qu’il s’améliore. « J’avais l’impression que c’était ce qu’Eschyle avait fait avec Zeus ».
Enver Hoxha Museum,
Tirana, 1989
Au crédit du PCA d’Enver Hoxha un progrès économique certain dans l’agriculture, l’industrie, l’énergie et les infrastructures. Mais son tempérament idéaliste l’a amené à critiquer successivement l’URSS et la Chine pour déviationnisme révolutionnaire, isolant ainsi totalement l’Albanie et stoppant son développement.
Nous étions jeunes. Réalisation, Scénario: Binka Jeliaskova, Hristo Ganev. 1961; 102'. Avec: Dimitar Buynozov (Dimo), Rumyana Karabelova (Veska), Lyudmila Cheshmedzhieva (Tzveta), Georgi Georgiev-Getz (Mladen), Emilia Radeva (Nadya), Anani Yavashev (Slavcho)
Dans la Bulgarie de 1941 des jeunes étudiants progressistes décident de s’organiser pour lutter contre les nazis. Malgré leur jeunesse et leurs rêves d’amour.
-Ce soir, dans le district de Lozenets, un dangereux conspirateur a été tué lors d'une fusillade. Son identité n'a pas été établie.
- Tu le connais ?
-Ce n'est qu'une personne suspecte. Personne ne saura qui il est.
-Oui, Dimo.
-L'homme ordinaire meurt chez lui. Il laisse une longue vie, un héritage, un testament. Celui qui meurt à l'âge de 20 ans, ne laisse même pas son nom de famille. Juste un dossier de police. Et une mission inachevée.
Un témoignage sur la résistance en Bulgarie. Une réalisatrice qui mérite d’être connue. Binka Jeliaskova pose un regard original sur l’individu dans les grands évènements historiques. Ce questionnement, jadis parfois perçu comme une « démystification de l’image des partisans du peuple » lui a valu la censure de plusieurs de ses films.
Avec le recul, Jeliaskova doit désormais être vue comme une artiste majeure.
Rounds. Réalisation, Scénario: Stephan Komandarev, Simeon Ventsislavov. 2019; 102'. Avec: Ivan Barnev (Krasi), Assen Blatechki (Ivo), Ovanes Torosian (Lazar), Stoyan Doychev (Vasil), Vasil Vasilev-Zueka (Todor), Anastasia Ingilizova (Petko), Anastasia Ingilizova (f Petko)
Les rondes de trois équipes de policiers la nuit à Sofia, à partir du 9 novembre 2019 exactement 30 ans après la chute du mur de Berlin.
C’est un film policier écrit avec l’aide de policiers. On a rencontré des dizaines de policiers qui nous ont confié des histoires réelles de leur vie en service dans les rues de Sofia. Ces histoires sont à la base de ce film. Les policiers nous ont aidés pour que le film soit le plus réaliste possible de leur travail.
Ce film est aussi un reflet de la situation sociale, politique et morale dans laquelle se trouve notre pays trente ans après la fin du communisme.
Les mêmes policiers furent les premiers spectateurs du film. Leur émotion, leurs yeux certains pleins de larmes, furent pour nous le plus grand des prix.
Stephan Komandarev
Le tableau de la Bulgarie post communiste dressé par Komandarev est triste et sombre comme les nuits des bas-fonds de Sofia. Violence, prostitution, basses transactions, corruption, …
Quelques notes d’humanité à relever. Ce qui permet d’espérer une évolution plus positive de ce pays berceau des langues slaves.
Comment j'ai fêté la fin du monde. Réalisation, Scénario: Catalin Mitulescu, Andreea Valean. 2006; 102'. Avec: Dorotheea Petre (Eva), Timotei Duma (Lalalilu), Marius Stan (Tarzan), Marian Stoica (Silvica)
Bucarest, 1989. Eva vit avec ses parents et son petit frère de 7 ans, Lalalilu. Après avoir accidentellement cassé un buste de Ceausescu, Eva et Alex, son petit ami, passent en conseil de discipline. Envoyée en maison de redressement, elle fait la connaissance d'Andréï, fils de dissident, avec lequel elle décide de fuir la Roumanie en traversant le Danube. Lalalilu, de plus en plus persuadé que Ceausescu est la cause de l'éloignement de sa soeur, élabore avec ses copains un plan pour tuer le dictateur.
Synopsis Editeur
-Tout le monde a eu des dents de lait ? -Oui. Mon chéri.
-Tous les Roumains ? Ceausescu aussi ?
-Ça suffit, va manger ! Maman est fatiguée, laisse-la.
-Ne parle plus ni de Dieu, ni de Ceausescu. Promis ?
-Je n'ouvrirai plus jamais la bouche. -Même pour manger ?
Cela fait quinze ans maintenant que Ceausescu est mort. A présent, nous avons la démocratie, nous sommes libres de voyager partout dans le monde, mais nous portons encore en nous le souvenir et l'héritage de cette période. En voyant les événements se dérouler à travers le regard d'une jeune fille de 17 ans et de son frère de 7 ans, Comment j'ai fêté la fin du monde reflète ce mélange de tristesse et de joie, de réalité et de fantasmes que j'associe à cette époque-là. Ce film est une tragi-comédie avec des touches d'absurde et de sublime. Il exprime l'émotion de cette période de la Roumanie et donne une idée de ce que nous gardons en nous, ma génération et moi-même, dans ce nouveau monde où nous sommes entrés.
Catalin Mitulescu, 2006
Le socialisme roumain fut renversé en 1989 par des manifestations et un coup d’état. La fin d’un monde. Mitulescu en donne ici une image honnête à travers des regards de collégiens. Le titre anglais The Way I Spent The End Of The World, fidèle, évite le côté jubilatoire du titre français.
En 2005, les Roumains étaient partagés sur le bilan du socialisme. En 2025, deux-tiers estiment que le Conducator était un bon dirigeant ; une majorité que le socialisme était une bonne chose pour la Roumanie.
Mère et Fils. Réalisation, Scénario: Călin Peter Netzer, Răzvan Rădulescu. 2013 112'. Avec: Luminița Gheorghiu (Cornelia Keneres), Bogdan Dumitrache (Barbu), Ilinca Goia (Carmen), Vlad Ivanov (témoin), Natasa Raab (Olga), Adrian Titieni (père de l'enfant), Mimi Branescu (policier)
Un homme jeune, dans un moment d’énervement, ne ralentit pas en entrant en ville, et renverse un enfant. Le premier réflexe de sa mère est d’essayer d’arranger les choses, même avec de l’argent, pour que son fils n’aille pas en prison …
-A partir d'aujourd'hui, je veux qu'on inverse les rôles. Tu attendras que je t'appelle et tu verras si je te respecte ou pas.
- Donc je ne peux plus t'appeler ?
- Laisse-moi faire le premier pas. C'est une époque difficile pour moi. J'ai besoin de réfléchir sérieusement. Tu n'y peux rien. Je te contacterai dans un mois, un an. Six mois. J'en sais rien. Mais laisse-moi t'appeler moi-même. Et peut-être qu'ensuite on arrivera à avoir une sorte de relation.
C’est un film très personnel, inspiré de la personnalité de ma propre mère – et aussi de celle de Răzvan Rădulescu. Au départ, nous avions un autre projet en tête, également à propos d’une famille dysfonctionnelle, et nous avons beaucoup parlé de nos mères respectives, jusqu’à nous rendre compte qu’elles n’étaient guère différentes l’une de l’autre, toutes deux hyper possessives. On a donc décidé de changer de sujet et de faire un film autour de cette relation mère-fils. Călin Peter Netzer
Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie à elle-même. Khalil Gibran
Une mère est presque toujours proche. Certains pères très loin ...
La plus grande méprise est de croire, de façon plus ou moins consciente, que la progéniture est notre continuité. C’est notre refus de la mort et notre rêve d’éternité. Très vite tout enfant voit ce qu’il faut penser de ce rêve.
Mais, un enfant a-t-il le droit, au sens moral du terme, de refuser son parent très présent ?
Ours d'or Berlin, Bayard d'Or B, FIPRESCI D
Sarajevo, mon amour. Réalisation, Scénario: Jasmila Zbanic, Barbara Albert. 2006, 91'. Avec: Mirjana Karanovic (Esma), Luna Mijovic (Sara), Leon Lucev (Pelda), Kenan Catic (Samir), Jasna Beri (Sabina), Dejan Acimovic (Cenga), Bogdan Diklic (Saran)
A Sarajevo, fin du vingtième siècle, une mère célibataire vit avec sa fille. En grandissant, l’adolescente commence à poser des questions sur son père déclaré mort sans sépulture, qu’elle n’a pas connu.
-De quelle religion êtes-vous ?
-Je suis née dans une famille musulmane qui s'est retrouvée sous le régime de Tito, pour lequel la religion était qualifiée d'"opium du peuple". Personnellement, je suis artiste, et c'est ça ma religion.
Jasmila Zbanic, interview Cineuropa
Péchant par souci de bien faire, Jasmila Zbanic donne à Sarajevo, mon amour une forme très appliquée, mais également très démonstrative - ce qui transparaît avec netteté dans le dernier quart d'heure, surabondamment chargé de pathos - et, partant, très réductrice. Elle ne propose pas un regard ouvert, mais impose au contraire une vision étriquée, à l'intérieur de laquelle le spectateur peut à bon droit se sentir prisonnier. Aussi grave soit-il, aucun sujet ne se suffit à lui-même : encore faut-il le mettre en scène. Le Monde
A travers ses héroïnes, Jasmila Zbanic s'interroge sur la condition de victime. Quand et comment peut-on cesser de l'être ? Est-ce incurable ou, pire, transmissible ?
Le constat est sombre. Pauvreté, mafia, dépression, Sarajevo survivante est malade de tout ce gâchis. Mais le tableau se nuance de tendresse et d'énergie. En un mot : d'espoir. Le film plaide plutôt en faveur de la mémoire. Il ne s'agit ici ni de vengeance (les bourreaux d'hier comptent moins que les traces qu'ils ont laissées), ni d'oubli, mais de vérité, condition indispensable de toute guérison. Télérama
La dislocation de la Yougoslavie fut une page sombre de la fin du vingtième siècle.
Ce film rappelle, en sourdine, l’un de ses épisodes : les atrocités de la Guerre de Bosnie.
Ours d'or Berlin, Grand prix du jury AFI US, Prix du jury Œcuménique Berlin
Îmi este indiferent dacă în istorie vom intra ca barbari. Réalisation, Scénario: Radu Jude. 2018, 132'. Avec: Ioana Iacob (Mariana Marin), Alexandru Dabija (Constantin Movilă), Alexandru Bogdan (Traian), Ilinca Manolache (Oltea), Serban Pavlu (Ștefan), Ion Rizea (Alexianu), Claudia Ieremia (Adjointe au maire), Bogdan Cotlet (Decebal)
A Bucarest en 2018, une jeune réalisatrice tente de monter un spectacle sur une page "oubliée" de l’histoire roumaine. Malgré ses efforts pour faire passer les choses de façon non culpabilisante voire tragi-comique, elle a quelques surprises.
-C’était dans les années 50-60, de jeunes écrivains s’étaient retrouvés pour voir un match de boxe. A un moment l’un des boxeurs frappe violemment l’autre et le met KO. Au fond de la salle, Radu Casasu s’est écrié : "C’est ça la critique de la raison pure !"
"Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des Barbares" est un film sur la façon dont la cinématographie peut parler de l’histoire et quelles sont les limites d’une telle démarche. Radu Jude
Mihai Antonescu, dictateur Roumain s’allia à Hitler et participa ainsi à l’invasion de l’URSS. En octobre 1941, les soldats Roumains, exécutèrent 20 000 personnes essentiellement juives. Antonescu qui a justifié ces crimes par la phrase-titre, fut exécuté en Roumanie en 1946 pour crimes «contre la paix, le peuple roumain, les peuples de la Russie Soviétique, les Juifs, les Gitans et autres crimes de guerre».
Aucun pays n’aime porter le poids de ses crimes. C’est humain. 70 ans après la faute, que les descendants de deuxième et troisième génération refusent encore ce fait historique est difficilement défendable. Faire ce constat est tout à l’honneur du Roumain Radu Jude.
Une idée géniale. On est triste en général, on rit quelques fois. Un grand film.
W.R. les mystères de l'organisme. Réalisation, Scénario: Goran Paskaljevic, Genc Permeti. 2009, 94'. Avec: Milena Dravic (Milena), Ivica Vidovic (Vladimir Ilyich), Jagoda Katoper (Jagoda), Tuli Kupferberg (soldat US), Zoran Radmilovic (Radmilovic), Jackie Curtis (id), Miodrag Andric (soldat), Zivka Matic (bourgeoise)
La société yougoslave des années 70 observée au prisme des thèses du psychanalyste allemand Wilhelm Reich qui fut aussi sexologue et communiste.
This film is, in part, a personal response to the life and teachings of Dr Wilhelm Reich. En Exergue
Camarades ! Entre socialisme et amour physique, il ne peut y avoir aucun conflit ! Le socialisme ne doit pas exclure le plaisir sensuel humain de son programme !
La Révolution d'Octobre fut ruinée quand il a rejeté Free Love ! Guerre de Libération ! Frustrer sexuellement les jeunes et ils penseront, sans réfléchir à d'autres frissons illicites : pillage, cambriolage et divers crimes, coups de couteaux, alcoolisme, politique des émeutes avec des drapeaux flottants, combattre la police comme les communistes d'avant-guerre !
Ce dont nous avons besoin, c'est d'une jeunesse libre ; dans un monde sans crime ! Si nous voulons y parvenir, nous devons autoriser... L'AMOUR LIBRE !
Maybe it is like a mirror. People hold it up to themselves and see reflected only what they are most offended by. Dusan Makavejev
Les méthodes de Wilhelm Reich étaient discutables de l’avis même de ses pairs. Mais il serait injuste de taxer ce film de délire surréaliste désordonné. Et s’il avait manqué au communisme ce grain de folie, cette attention aux pulsions individuelles, pour une adhésion et un soutien encore plus profonds des masses populaires ? L’idée de Makavejev apparaitrait alors tout à fait digne de respect.
FIPRESCI Berlin, Prix de l'Âge d'or B, Prix Luis Bunuel Cannes
HONEYMOONS. Réalisation, Scénario: Jasmila Zbanic, Barbara Albert. 2006, 95'. Avec: Mirela Naska (Maylinda), Jozef Shiroka (Nik), Bujar Lako (Rok), Yllka Mujo (Vevo), Nebojsa Milovanovic (Marko), Jelena Trkulja (Vera), Lazar Ristovski (oncle de Vera), Petar Bozovic (père), Danica Ristovski (mère)
Les immigrations d’un couple Albanais et d’un couple Serbe vers ‘l’eldorado’ European Union dans l’espoir de lendemains meilleurs.
Durant les quarante années de dictature sous Enver Hoxha, presque personne ne pouvait visiter l'Albanie, pays parsemé de plusieurs centaines de milliers de petits bunkers ; et encore moins les voisins serbes. Aujourd'hui, après le conflit au Kosovo, il n'y a encore qu'un petit nombre de Serbes qui s'aventurent à visiter l'Albanie. Les préjugés et une mauvaise politique ont largement contribué à l'intolérance qui règne entre ces deux peuples.
C'est autour d'un verre de Raki que l'idée nous est venue de combiner nos efforts pour faire un film que je réaliserais entouré d'une équipe mixte. Dès mon retour d'Albanie, j'ai écrit le premier synopsis. Première co-production serbo-albanaise de l'histoire du cinéma, rendue possible un an après que nous ayons reçu les aides du Ministère de la Culture Serbe, du Centre National du film Albanais et de la Commission du Cinéma de la région des Pouilles en Italie, le tournage de Honeymoons fonctionnait avec une équipe rassemblant des techniciens des deux pays voisins, qui emploient des langues totalement différentes. Les équipes communiquaient donc entre elles en utilisant un mélange d'anglais, de français et d'italien. Goran Paskaljevic
Il arrive aussi que les migrants Européens, venant de pays non membres, aient des problèmes en entrant dans l’EU. Certains d’entre eux en arrivent alors à se demander, comme le suggère Paskaljevic avec sa sensibilité ici, si tout cela valait la peine, s’ils n’avaient pas l’essentiel chez eux …
Espiga de Oro ES, Prix du jury AFI F
Le Professeur Hannibal. Réalisation, Scénario: Zoltán Fábri, István Gyenes, Péter Szácz. 1956, 94'. Avec: Ernő Szabó (Béla Nyul), Manyi Kiss (sa femme), Zoltán Makláry (Manzák), Noémi Apor (Lola), Zoltán Greguss (député)
Dans la Hongrie fasciste des années 30, le modeste professeur Nyul écrit une thèse sur la mort du général Hannibal. Il a du mal à la publier et se heurte après à la critique et la censure du régime.
Dans le climat politique hongrois de 1956, des films novateurs vont donner l'assise nécessaire à la naissance d'une "Nouvelle vague hongroise". L'œuvre la plus importante et la plus signi ficative de cette époque est sans doute Professeur Hannibal, réalisé par Fâbri en 1956. Ce film inaugure l'ère des films "à double fond" ou "à tiroirs", donnant plusieurs niveaux de lecture. Le sujet est tiré d'une nouvelle de Ferenc M6ra et présente les aventures du professeur Nyul ("lapin"), pendant la dictature fasciste de Horthy. Il est l'auteur d'un ouvrage sur Hannibal dans lequel il explique sa théorie sur la mort du condottiere ; Nyul est d'abord glorifié par la presse officielle, ensuite démoli par la même censure de régime. Une lecture immédiate "institutionnelle" met en évidence la perfide stupidité du régime fasciste, mais une lecture plus approfondie permet d'établir un parallélisme avec la situation politique et le climat des procès politique dans la Hongrie des années cinquante. L'arrière-plan historique, celle de l'avant-guerre sous le régime Horthy, au profit de certains aspects "universels", comme l'intolérance, la lâcheté, les psychoses collectives. CINEMA HONGROIS, Kristian Feigelson et Jarmo Valkola
La Révolution Hongroise de 1956 ou Insurrection de Budapest fut une volonté d’émancipation nationaliste, de neutralité, de contestation du socialisme strict et d’une dose de libéralisme économique. Elle fut menée par une partie des étudiants et intelligentsia soutenus par l’Occident. Elle fut écrasée par les troupes soviétiques et approuvée par les Pays de l’Est et la Chine.
Ce film, mis dans une autre époque pour échapper à la censure, veut dénoncer le régime totalitaire de la Hongrie des années cinquante.
Amour. Réalisation, Scénario: Károly Makk, Péter Bacsó. 1971, 88'. Avec: Lili Darvas (la vieille dame), Mari Töröcsik (Luca), Iván Darvas (János), Erzsi Orsolya (Irén), László Mensáros (médecin), Tibor Bitskey (Feri), András Ambrus (gardien de prison), József Almási (enseignant)
A Belgrade dans les années 1950, une femme fait croire à sa belle-mère âgée que son fils est parti en Amérique où il a réussi.
-Tu es très gentille et charmante. Je voulais te demander... Pourquoi est-ce que des agents secrets doivent surveiller mon fils en Amérique ?
-En Amérique, toutes les personnes célèbres sont sous surveillance, pour leur sécurité.
-Qu'est-ce qu’il est allé se mêler de politique ? La politique n'est pas faite pour les gens bien. Les camarades cuisinent dans leur propre bouillon. Mais pourquoi te retrouves-tu impliqué ? Pourquoi devrais-tu en souffrir ?
-Personne ne pourra me chasser d'ici. Et puis il y a ma belle-mère... Tu vois...
-Alors, tu as aussi vendu la commode de grand-mère.
-Oui.
Si vous voulez raconter une histoire d’amour, une fin heureuse est toujours une bonne solution. Les gens en sont soulagés, même si après ils n’y croient pas. Je voulais que le public pleure de joie. Károly Makk
La tendresse, l’amour, le courage d’une femme admirable, un regard attentionné sur la vieillesse, suffisent à faire de ce film une œuvre d’une grande humanité, digne de l’OCIC.
En sourdine, les problèmes auxquels certaines personnes étaient confrontées en démocratie populaire, peuvent être considérés comme un plus.
OCIC Cannes, Prix du Jury Cannes
Le Cheval de Turin. Réalisation, Scénario: Béla Tarr, Agnes Hranitzky. 2011, 146'. Avec: János Derzsi (Ohlsdorfer), Erika Bók (fille d'Ohlsdorfer), Mihály Kormos (voisin)
Dans un coin perdu de campagne, un homme et sa fille, vivent une existence dépouillée. Un temps épouvantable s’installe sur plusieurs jours dans le pays.
A Turin, le 3 janvier 1889, Friedrich Nietzsche sort du 6 Via Carlo Alberto. Pas loin de lui, un cocher dont le cheval refuse de bouger, perd patience et le fouette. Nietzsche sort de la foule et arrête la brutalité du cocher, mettant ses bras autour du cou du cheval en sanglotant. Son voisin le ramène chez lui, où pendant deux jours, il gît, immobile et silencieux, sur un divan jusqu'à ce qu'enfin il murmurât ces mots "Mutter, ich bin dumm" (Mère, je suis bête). Il vécut encore pendant dix ans, dans le silence et la démence, avec sa mère et sa sœur. Du cheval... nous ne savons rien. En Exergue
-Elle est en ruine. -Pourquoi serait-elle en ruine ?
-Tout a été dégradé et mis en ruines. Ce n'est pas un cataclysme en dépit de l'innocence des hommes. Au contraire... Il est question du jugement même de l'homme, son propre jugement de lui-même, avec la main de Dieu ou sa part. C'est la création la plus horrible que nous pouvons imaginer. Tout ce qu'ils ont acquis a été avili. Tout ce qu'ils touchent, et ils touchent à tout, ils l'avilissent. Tout ce qu'ils touchent leur appartient. Même les choses qu'on croit qu'ils ne peuvent pas atteindre, ils l'atteignent quand même : le ciel, nos rêves, la nature, le silence infini, et même l'immortalité !
-Qu'est-ce que c'est que tout ça ? -Je ne sais pas. ... Allons nous coucher.
-Même les braises se sont éteintes. -Demain, nous essaierons encore.
Un film dont il faut suivre patiemment le développement. Et dont la profondeur apparait alors. A méditer. Surtout en des temps où la simple peur du désastre devient suspecte, voire disqualifiante…