Deutsches Kino   

Faust, une légende allemande. Réalisation, Scénario: Friedrich Wilhelm Murnau, Hans Kyser. 1926; 107'. Avec: Gösta Ekman (Faust), Emil Jannings (Méphisto), Camilla Horn (Marguerite), Frida Richard (mère de Marguerite), William Dieterle (Valentin, frère de Gretchen), Yvette Guilbert (tante de Marguerite), Eric Barclay (Duc de Parme), Hanna Ralph (Duchesse de Parme), Werner Fuetterer (Archange)
 Le docteur Faust, ne trouvant aucune solution pour sauver son peuple de la peste, signe un pacte avec Méphisto.
-Les portes des ténèbres sont ouvertes. Et tous les malheurs se sont abattus sur la terre... Arrière! Disparais! Pourquoi infliges-tu à l'humanité le fléau de la guerre, de la peste et de la famine? 
-La terre m'appartient! 
-La terre ne t'appartiendra jamais! L'homme est bon, il cherche à suivre la voie de la vérité. Regarde en bas! Sur terre et dans les cieux, Dieu a accompli des miracles. Mais le plus grand prodige est qu'il ait donné aux hommes c’est la liberté de choisir entre le bien et le mal. Connais-tu Faust? 
-C'est un coquin comme les autres! Il enseigne le bien, mais il fait le mal. Il cherche la fortune et la pierre philosophale. Je suis prêt à parier que je réussirai à détourner Faust de Dieu! 
-Si tu parviens à détourner Faust de Dieu, la terre t'appartiendra. 
-Personne ne résiste aux forces du mal. Je relève le pari!
 Murnau, dans ses films, et dans Faust particulièrement, manifeste une réelle et profonde culture picturale. Il est l'un des rares cinéastes, avec Eisenstein ou Dreyer, dont la conception photographique doit plus à la peinture des musées qu'à l'imagerie populaire. Nous ne prenons pas, d'ailleurs, ce dernier terme en mauvaise part.                Eric Rhomer
 Tout le charme du muet en noir et blanc. Des images dignes d’un tableau expressionniste monochrome. Une réflexion sur le choix de Faust. Il en résulte une œuvre marquante de l’expressionnisme allemand.
L'Aurore. Réalisation, Scénario: Friedrich Wilhelm Murnau, Carl Mayer. 1927; 95'. Avec: George O'Brien (Ansass), Janet Gaynor (Indre), Margaret Livingston (la fille de la ville), Bodil Rosing (la servante)
Un couple de paysans à la campagne ; leur combat pour résister aux vicissitudes de la vie.
Ils étaient comme des enfants ; insouciants, toujours heureux et rieurs.
L’Aurore est le plus beau film du monde.    François Truffaut
  Tout homme en tant qu’individu porte en lui, en vertu de sa nature et de sa destination, un homme idéalement pur, et la grande tâche de son existence est de se trouver, au milieu de tous ces changements, en harmonie avec l’unité immuable de cet homme-là.                  Friedrich Schiller
 Lors de son séjour aux USA, Murnau a réalisé ce film où le cadre américain apparait, discrètement, à travers la danse et le spectacle. Une perle esthétique de l’expressionisme allemand et une œuvre optimiste d’une grande tendresse, comme le rappelle son sous-titre "Lied von zwei Menschen".
Best Unique and Artistic Picture Oscar Hollywood
La Lumière bleue. Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1932; 84'. Avec: Leni Riefenstahl (Junta), Mathias Wieman (Vigo), Beni Führer (Tonio), Max Holzboer (Wirt), Martha Mair (Lucia), Francesco Maldacea (Guzzi)
 A l'aube du 20e siècle, un village déteste une sauvageonne vivant seule ; parce qu’elle ne vit pas comme eux et sait des choses qu’eux ne savent pas.
-Qu'avez-vous contre cette fille ? 
-Elle n'est pas normale. Comment peut-elle atteindre la lumière bleue sur les flancs abrupts de la montagne ? Alors que les hommes tombent à chaque fois ? Cette Junta, c'est une sorcière.
-Ne fermez pas les volets. Le ciel est tellement beau ! C'est la pleine lune.
 -Ah oui, la lumière bleue ... 
 One of the most pictorially beautiful films of the year. Leni Riefenstahl, author, director and star, is an expert climber as well as handsome woman.      The New York Sun
Sheer pictorial beauty… [Leni Riefenstahl], how flawlessly this girl, who plays the lead and also wrote and directed, accomplished her task.       New York Herald Tribune
 Dans la lignée des films qu'elle avait interprétés pour Arnold Fanck, premier apôtre de la montagne au cinéma, Leni Riefenstahl a réuni dans la Lumière bleue la recherche de la pureté, le sentiment du mystère suprahumain, la célébration de l'alpinisme comme un rite d'accès à une autre vie. Les glaciers, les cimes désertes et une population magnifiquement photographiés engendrent une poésie inoubliable qui se passe aisément de paroles.
                                                                                           
Encyclopédie Larousse
 Un premier film et un coup de maitre. Une œuvre féministe avant l’heure. Un hommage à la nature, à la montagne. Et même une leçon de tolérance… Même si beaucoup de personnes refuseront de voir ce dernier point.
Médaille d'argent Venise,  One of the year's top five foreign films UK
« Il faut lire entre les lignes, monsieur Stellovski, avait dit l’un des directeurs, et vous traduisez très lourdement, sans cette chaude sympathie qui doit animer un traducteur et un rédacteur, dans une agence comme la nôtre ! »  
 Or précisément, murmura le prince, je n’ai jamais lu entre les lignes, ni dans les communiqués de Denikine en 1917, ni au Comité Gallipoli, ni à la Gestapo, nulle part. Ma spécialité est de traduire exactement, voilà, exactement !
          François-Régis Bastide, Les Adieux 
Le Triomphe de la volonté. Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1935; 114'. Avec: Adolf Hitler, Hermann Göring, Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Rudolf Hess, Reinhard Heydrich, Fritz Todt, Baldur von Schirach, Gerd von Rundstedt
Film de propagande sur le Congrès du Parti Nazi tenu à Nuremberg en septembre 1934.
Chef-d'œuvre de haine, de vanité provocante, d'orgueil démoniaque, mais chef-d'œuvre tout de même.          Jean-Pierre Delarge, Histoire du cinéma
 S’il est un film qui concentre sur lui la complexité et les paradoxes du film de propagande, c’est bien Le Triomphe de la volonté. Conçu pour témoigner du congrès du Parti nazi à Nuremberg, Hitler en confie la réalisation à la jeune cinéaste dont il avait repéré le premier film, Das Blaue Licht.
 
«Ma première réaction a été de lui dire que je n’avais jamais fait ce genre de choses et que je ne connaissais rien à l’organisation du parti. Je risquais de passer à côté de tout ce qu’il y avait d’intéressant à filmer, en supposant que je sois capable de seulement réaliser un documentaire. Hitler répondit que c’était exactement ce qu’il recherchait. Une personne bien informée de la hiérarchie du Parti réaliserait sans doute un film très didactique, mais ce n’était pas ce qu’il voulait. Il voulait un film qui émeuve et impressionne ceux qui en temps ordinaire ne s’intéressent pas à la politique». 
                                       
Jérôme Bimbenet, Leni Riefenstahl, la cinéaste d’Hitler
 Même pour quelqu’un qui ne veut pas mélanger appréciation de l’art et politique, il est difficile d’y échapper ici puisqu’il s’agit de la commande d’un parti. Leni Riefenstahl a dit, à ceux qui la condamnent, qu’elle aurait honoré la même commande venant d’un autre parti étranger. C’est recevable, car à l’époque les Nazis n’avaient agressé aucun pays ni commis aucun génocide. 
 Au-delà, Triumph des Willens est une œuvre marquante de l’histoire du cinéma.

Médaille d'or Venise,  Grand Prix Exposition Universelle de Paris
Olympia (Les Dieux du stade). Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1938; 200'. Avec: Adolf Hitler, Henri de Baillet-Latour, Joseph Goebbels, Jesse Owens, Luz Long, Käthe Krauss, Ibolya Csák, Elfriede Kaun, Gisela Mauermayer
 Les Jeux Olympiques de Berlin de 1936, officiellement, filmés par Leni Riefenstahl.
 Cette débauche de moyens donne un résultat esthétique saisissant. Plutôt que de coller à la réalité des compétitions, Leni Riefenstahl cherche à construire le geste sportif parfait en trouvant l'angle le plus flatteur : durant 3 heures 30, corps musculeux et muscles saillants se mêlent à des vues du ciel ; courses, sauts et lancers deviennent un spectacle à la géométrie parfaite ; mouvements de foules compactes ou remises de médailles magnifient la dramaturgie du stade. Olympia, qui sortira en France sous le titre Les Dieux du stade, comprend deux volets : Fest der Völker (La Fête des peuples) et Fest der Schönheit (La Fête de la beauté). Le film est présenté le 20 avril 1938 à Berlin, pour l'anniversaire d'Hitler, et connaît un triomphe. Quelques mois plus tard, il obtient la coupe Mussolini lors du festival de Venise – mais le duce a convaincu le jury, qui semblait préférer Autant en emporte le vent de Victor Fleming, de faire le «bon choix»...
Bien sûr, le film fait polémique après la Seconde Guerre mondiale. Leni Riefenstahl défend son œuvre dans ses Mémoires (1987): «J'ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne.» Faut-il la croire ? Peu importe. Olivier Joyard (Les Jeux Olympiques, d'Athènes à Athènes, L'Équipe, 2003) analyse parfaitement le propos et la démarche : «Les images du film, aussi plastiquement parfaites soient-elles, sont autre chose qu'un simple support de propagande à effet immédiat : quelque chose de plus pernicieux. Elles montrent, avec un pouvoir de séduction intemporel, l'être humain comme une forme pure, défini par ses seules attitudes et ses attributs identitaires, et non par sa capacité à exister comme individu. L'eugénisme est le fond, détestable, des Dieux du stade. Le sport y est considéré comme une danse virtuose autour de laquelle se construit un rituel collectif d'adoration. Autant dire un simple instrument au service d'une idée de l'homme et de la société dont on connaît les effroyables dégâts.»                  
Encyclopédia Universalis
 On notera cependant le mémorable filmage du triomphe de Jesse Owens où la réalisatrice, dans une inversion remarquable des intentions, met toute sa technique au service d'un évident ennemi de la cause raciale.                  Encyclopédie Larousse
Lion d'or Venise,  Médaille d'or CIO, Deutschen Filmpreis DE, Polar-Preis SE
Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1938; 200'. Avec: Leni Riefenstahl (Marta), Bernhard Minetti (Don Sebastian), Aribert Wäscher (Camillo), Karl Skraup (Bourgmestre), Maria Koppenhöfer (Dona Amelia), Franz Eichberger (berger Pedro), Luis Rainer (Nando), Frida Richard (Josefa), Max Holzboer (meunier Natario)
 Au début du 20e siècle en Espagne, un marquis inhumain s’entiche d’une belle danseuse bohème.
 The shepherd lives high in the mountains. This affords Miss Riefenstahl the opportunity, in her directorial capacity, to film mists and babbling brooks with a grace that recalls Olympia. (…) 
 Leni Riefenstahl was arguably the most important and accomplished female filmmaker of her generation.                            
New York Times 
 Inspiré de l’opéra du même nom d’Eugen d’Albret, ce film est non seulement un drame d’amour mais aussi une lutte d’émancipation ; celle de paysans contre leur seigneur féodal. Un magnifique hommage aux vallées pyrénéennes où l’on apprécie les talents de danse espagnole d’une quadragénaire restée une belle fille. 
 Elle a aimé la beauté, et l’a célébrée partout : la statuaire grecque, l’architecture, la musique classique, les danses traditionnelles européennes, les danses ésotériques noubas. Elle a aimé la vie sous tous ses aspects : cinéma, photographie, alpinisme, voyage, plongée sous-marine…
 Leni Riefenstahl fut une artiste talentueuse qui restera dans l’histoire du vingtième siècle.

Le Maître de poste. Réalisation, Scénario: Gustav Ucicky, Gerhard Menzel. 1940; 88'. Avec: Heinrich George (Der Postmeister), Hilde Krahl (Dunja), Siegfried Breuer (Rittmeister Minskij), Hans Holt (Fähnrich Mitja), Ruth Hellberg (Elisawetha), Margit Symo (Mascha)
 Dans l’Empire Russe, une belle jeune fille vivait avec son père, dans un relais de campagne isolé. Le passage d’un officier va tout changer.
-Tu as eu un vrai mariage.  
-C’était horrible ! … 
-Ne pleure pas, Dunja. Tout finit par passer. Tu sais, tout passe : la souffrance, le bonheur, la vie elle-même …

 Inspiré de la nouvelle de Pouchkine "Le Maître de poste", Gustav Ucicky a réalisé ce drame sentimental. Film intéressant à plus d’un titre, Der Postmeister fut un grand succès en Allemagne, et le plus grand succès pour un film étranger en France. Après l’invasion de l’URSS par le Reich en 1941, le Dr Goebbels l’a interdit parce que montrant des Russes banalement humains, avec les qualités et les défauts visibles partout dans le monde. 
 Une œuvre d’une grande sensibilité où l’on apprécie les vastes plaines glacées, la dance et les réceptions de la bourgeoisie dépravée de Petersburg.

Le Tambour. Réalisation, Scénario: Volker Schlöndorff, Jean-Claude Carrière, Franz Seitz. 1979; 142'. Avec: David Bennent (Oskar Matzerath), Mario Adorf (Alfred Matzerath), Angela Winkler (Agnes Matzerath), Katharina Thalbach (Maria Matzerath), Daniel Olbrychski (Jan Bronski), Tina Engel (Anna Koljaiczek jeune), Berta Drews (Anna Koljaiczek vieux), Roland Teubner (Joseph Koljaiczek), Fritz Hakl (Bebra), Henning Schlüter (Docteur Hollatz)
 Aux débuts du nazisme, un petit garçon choqué par le monde des adultes refuse de grandir, et regarde les évènements.
 Je trouve que parmi des jeunes d'aujourd'hui traînent beaucoup d'Oskar Matzerath. Je pense qu'en Allemagne, il y a, dans chaque génération, beaucoup de jeunes qui se refusent à devenir adultes et gardent souvent jusqu'à la vieillesse leur culotte courte. Ils désirent se soustraire aux mutilations du devenir adulte et aux responsabilités qui y sont liées.               Günter Grass
 Un rappel est toujours bon quand il y a des risques. Mais je crois que l’Allemagne a longtemps médité son passé récent et a, en grande partie, veillé à ne plus répéter les erreurs fatales. Il en est de même du Japon. On ne peut pas en dire autant d’autres pays, presque, aussi coupables, qui, du fait d’avoir été rangés du bon côté après la guerre, se devraient de méditer encore plus les craintes de Günter Grass. 
Chaque pays, pour ses fautes, doit donc porter sa croix. Il ne faut cependant pas se méprendre sur ce devoir ; il peut, doit durer des décennies, mais pas des siècles ! Sinon presque tous les pays du monde auraient à porter leur croix.

Palme d'or Cannes, Oscar Etr Los Angeles, Bodil DK
La Femme et l'Etranger. Réalisation, Scénario: Rainer Simon. 1985; 98'. Avec: Joachim Lätsch (Karl), Peter Zimmermann (Richard), Kathrin Waligura (Anna), Christine Schorn (Trude), Hans-Uwe Bauer (Soldat), Katrin Knappe (Marie)
 Pendant la Première Guerre sur le front russe, deux soldats allemands prisonniers font connaissance et se lient d’amitié. L’un des deux arrive à s’évader et retrouve la femme de son ami, qui lui en parlait toujours …
 Nous n'avons tous qu'un seul souhait, la victoire ou la mort ! Pensez à nos orphelins de guerre ! Cupidon sur le terrain de mort, vous êtes assuré de la gratitude de la nation ! Femmes allemandes, fidélité allemande !                          [Chant]
« Madame, C'est notre douloureux devoir de vous informer que l’adjudant Richard Seidel est tombé pour sa patrie, le 4 septembre 1914.  Honorez sa mémoire.»
 Rappelle-toi Barbara/ N'oublie pas/ Cette pluie sage et heureuse/ Sur ton visage heureux/ Sur cette ville heureuse/ Cette pluie sur la mer/ Sur l'arsenal/ Sur le bateau d'Ouessant/ 
 Oh Barbara/ Quelle connerie la guerre/ Qu'es-tu devenue maintenant/ Sous cette pluie de fer/ De feu d'acier de sang/ Et celui qui te serrait dans ses bras/ Amoureusement/ Est-il mort disparu ou bien encore vivant/ 
 Oh Barbara/ Il pleut sans cesse sur Brest/ Comme il pleuvait avant/ Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé/ C'est une pluie de deuil terrible et désolée/ Ce n'est même plus l'orage/ De fer d'acier de sang/ Tout simplement des nuages/ Qui crèvent comme des chiens/ Des chiens qui disparaissent/ Au fil de l'eau sur Brest/ Et vont pourrir au loin/ Au loin très loin de Brest/ Dont il ne reste rien.
          Jacques Prévert, chantée par Mouloudji
 Un cri sincère venu de DDR, contre la guerre, après la tragédie 14-18. Il n’a pas pu être vu en BDR pour des raisons absurdes ; mais a ému la Berlinale au point d’en avoir été le seul film est-allemand couronné.
Goldener Bär Berlin,  One of the year's top five foreign films UK
Signes de vie. Réalisation, Scénario: Werner Herzog. 1968; 86'. Avec: Peter Brogle (Stroszek), Wolfgang Reichmann (Meinhard), Athina Zacharopoulou (Nora), Wolfgang von Ungern-Sternberg (Becker), Wolfgang Stumpf (Le capitaine)
 Pendant la Dernière Guerre un jeune soldat allemand blessé est envoyé en convalescence dans une forteresse en Crète. Il essaye de tuer le temps en compagnie de sa femme et de deux autres soldats.
 Il y a quarante ans, j’ai dit que mes écrits, ma prose et ma poésie survivraient probablement à mes films. J’ai continué à le dire, à des oreilles sourdes.          
                                                                                              Werner Herzog
 Stroszek cria qu'on ne pouvait rien contre lui, car il avait trouvé sa vocation ; qu’à dix ans, il attrapait les truites à la main tandis que les autres faisaient dans leur culotte. La deuxième nuit, alors qu'il se magnifiait par un feu d'artifice, il fut pris par ses propres hommes. Déjà encerclé, il ne put atteindre le dépôt de munitions. Il y avait quelque chose de titanesque dans sa révolte, car son adversaire était désespérément plus fort.
 Et il avait échoué aussi minablement que ses semblables.
                                                                             
En Epilogue
 Un auteur, aux récits dantesques…
Prix fédéral du film D
Aguirre, la colère de Dieu. Réalisation, Scénario: Werner Herzog. 1972; 91'. Avec: Klaus Kinski (Don Lope de Aguirre), Helena Rojo (Inez), Del Negro (Frère Gaspar de Carvajal), Ruy Guerra (Don Pedro de Ursua), Peter Berling (Don Fernando de Guzman), Cecilia Rivera (Flores)
 En 1560, un conquistador illuminé, s'enfonce avec ses hommes au cœur de la forêt amazonienne, à la recherche du mythique Eldorado.
 Si moi, Aguirre, je veux que les oiseaux tombent des arbres de la forêt, je vous dis qu’ils tomberont. Je suis la colère de Dieu. On me regardera partout ou je passerai et on tremblera.
 Quiconque me suivra le long du fleuve aura des richesses immenses ; quiconque désertera … !

 Werner Herzog s'est toujours défendu d'avoir fait œuvre historique (ce que tentera seize ans plus tard Carlos Saura dans El Dorado). Partant du maigre récit du moine Gaspar de Carvajal, Herzog a écrit un scénario de pure fiction et, comme il l'a déclaré, « les dialogues sont totalement imaginaires, hallucinants et farouchement surréels ». Ce film, cependant, donne à tout moment une impression d'authenticité. Tourné au Pérou dans la chronologie du récit, il constitue pour les comédiens et les techniciens une véritable odyssée comparable à celle du héros. Les conditions très pénibles du tournage, la caméra toujours placée dans l'action, à flanc de montagne, dans les rapides d'un fleuve, au milieu de la foule, concourent à faire d'Aguirre un film viscéral. Ce lent voyage à la recherche de l'or devient vite une véritable descente aux enfers. 
 Klaus Kinski, dans une composition hallucinante, en est le personnage central. Nul mieux que lui ne pouvait exprimer cette démence mystique qui fait d'Aguirre un aventurier surhumain évoquant l'univers wagnérien. Aguirre est un authentique chef-d'œuvre, un véritable film d'auteur qui a su rencontrer un vaste public.       
Encyclopédie Larousse
 Une pensée pour les horreurs commises par les conquistadors. Un spectacle fabuleux dans la forêt et les rivières amazoniennes, une réflexion sur l’obstination.
Étoile de Crystal, Prix Léon Moussinac F
La Grotte des rêves perdus. Réalisation, Scénario: Werner Herzog, Judith Thurman. 2010; 90'. Avec: Werner Herzog ou Charles Fathy (le narrateur en VF ou VO), Dominique Baffier, Jean Clottes, Jean-Michel Geneste, Carole Fritz, Gilles Tosello, Julien Monney, Nicholas Conard, Wulf Hein, Maurice Maurin
  La grotte Chauvet cache dans les entrailles de la terre des peintures préhistoriques datant de - 32 000 ans à - 35 000 ans. Ce film-documentaire permet au grand public de découvrir la richesse et l'art des hommes de Cro-Magnon qui ont exécuté ces œuvres.
                                                                                               Synopsis Editeur
 Je ne m'intéresse pas à ce qui est à la mode. J'ai toujours tracé mon chemin seul. J'ai fait certains films que personne n'a voulu voir sur le coup, et qui ont pris de l'importance après. Aguirre a été refusé par tous les Festivals, y compris Cannes ! Le film a mis des années à être vu en France, et aux États-Unis. C'était l'époque de la révolution étudiante, on attendait des films engagés aux côtés des révolutionnaires. Mon histoire située au XVIe siècle n'intéressait personne. La presse allemande a même écrit que le film était fasciste ! C'était grotesque. De toute façon, je n'ai jamais tellement aimé aller au cinéma. J'aime lire avant tout. D'ailleurs, je pense qu'on se souviendra de moi comme d'un écrivain.   Werner Herzog
 Ce documentaire sur la Grotte de Chauvet, endroit magnifique avec ses stalactites en rideaux et une profusion d’animaux, donne une autre facette de Herzog. 
 Il a montré la nature luxuriante. Il était fasciné par l’histoire humaine, les personnages exaltés. Il a dit beaucoup de choses intéressantes sur sa pensée dans ses ouvrages comme CONQUÊTE DE L'INUTILE. En dehors de l’écrivain qu’il revendique, et qu’il est, Werner Herzog méritera aussi, je crois, une petite place parmi les cinéastes.

Bester Dokumentarfilm DE, US, IE
Les Larmes amères de Petra von Kant. Réalisation, Scénario: Rainer Werner Fassbinder. 1972; 124'. Avec: Margit Carstensen (Petra von Kant), Hanna Schygulla (Karin Thimm), Irm Hermann (Marlene), Eva Mattes (Gabriele von Kant), Katrin Schaake (Sidonie von Grasenalb), Gisela Fackeldey (Valerie von Kant)
Une femme de la grande bourgeoisie, créatrice de mode, vit une passion douloureuse avec une jeune femme de condition plus modeste, Karin, qui rêve de devenir mannequin.
                                                                                                      Synopsis Editeur
-Marlene ! Mes chaussures ! Vite ! 
-Je commence à croire qu'elle est cinglée. 
-Elle n'est pas cinglée, elle m'aime. 
-Bien du plaisir !

 Aujourd’hui, avec plus de 200 premières dans le monde entier, PETRA VON KANT est devenue la pièce de théâtre la plus jouée de RWF. L’adaptation filmique n’a pas essayé de camoufler l’origine théâtrale du sujet. On y voit clairement une répartition en cinq actes, toute l’action se déroule en un même espace.
 Le film traite d’un sujet d’une importance fondamentale dans l’univers de Fassbinder : l’amour est-il une alternative au manque de liberté dominant, ou est-il plutôt une reproduction de ce manque de liberté ? (D’après Rainer Werner Fassbinder, La vie et l’œuvre d’un génie sans limites de Christian Braad Thomsen) 
RWF : « Mon avis sur les relations amoureuses classiques est le suivant : les relations de couples reproduisent les stratégies de domination de la société existante. »

                                                                                     Werner Fassbinder Foundation
 Un univers auquel il faut s’habituer… Pour essayer d’en deviner les sombres abysses…
Tous les autres s'appellent Ali. Réalisation, Scénario: Rainer Werner Fassbinder. 1974; 93'. Avec: Brigitte Mira (Emmi Kurowski), El Hedi ben Salem (Ali), Barbara Valentin (Barbara), Irm Hermann (Krista), RW Fassbinder (Eugen)
  Années 70 à Munich, une veuve Allemande âgée tombe amoureuse d’un immigré Marocain beaucoup plus jeune. Des problèmes avec le voisinage et la famille commencent.
Le bonheur n’est pas toujours gai.    
                          
En Exergue
-Je me disais… qu’une vieille femme                    -Toi pas vieille femme ! Bonne, humaine. 
-Oh, mon Dieu !                                                     
-Ne pleure pas. S’il te plait, pourquoi ?
-Parce que je suis si heureuse, que j’ai peur  
       -Pas peur. Peur dévore âme.
-Ah, ``La peur dévore l’âme’’, c’est de chez toi ?
-Oui.     -C’est joli !
-Voisine1 : Là, à l’étage au-dessus. On ne peut plus fermer l’œil. Elle a carrément quatre étrangers chez elle. On a peur pour sa propre vie !   -Policier1 : Ce n’est pas si terrible
-Voisine2 : Si, M l’Agent ! Ce sont tous des Arabes. Vous savez ce que c’est, bombes, … 
-Policier2 : Pas tous, Madame. 
 Les gens n'ont pas appris à aimer. La condition préalable à un amour sans domination de l'autre, c'est d'apprendre que notre corps est mortel dès qu'il sort du ventre maternel. Si l'on accepte la mort comme faisant partie de la vie, on n'a plus peur, notamment que les choses puissent avoir une autre fin. Mais tant qu'on vit dans la terreur de la mort, on réagit par la peur à la fin d'une relation ; donc, l'amour qui existe là̀ s'en trouve perverti.   RW Fassbinder
 Le problème de l’Etranger, c’est-à-dire celui que l’on ne connait pas. Une œuvre sensible, sans manichéisme ; à la weltschmerz de Fassbinder … 
Prix du Jury œcuménique, FIPRESCI Cannes
Réalisation, Scénario: Rainer Werner Fassbinder. 1981; 118'. Avec: Hanna Schygulla (Willie), Giancarlo Giannini (Robert), Mel Ferrer (David Mendelsson), KarlHeinz vHassel (Henkel), ErikSchumann (vStrehlow), HarkBohm (Taschner), G John (Aaron), KarinBaal (Anna Lederer)
L’histoire de la plus célèbre des chansons, vue par Fassbinder.
 Zurich 1938, sept ans avant la fin de la Dernière Guerre. C’est dans cette ville suisse cossue, que commence l’histoire d’une chanson qui va conquérir le monde, Lili Marlen, C’est même l’air le plus connu de tous les temps.                                              En Exergue
  Devant la caserne/ Quand le jour s'enfuit,/ La vieille lanterne/ Soudain s'allume et luit./ C'est dans ce coin-là que le soir/ On s'attendait, remplis d'espoir/ Tous deux, Lily Marlène. (bis) 
  Et dans la nuit sombre/ Nos corps enlacés/ Ne faisaient qu'une ombre/ Lorsque je t'embrassais./ Nous échangions ingénument/ Joue contre joue bien des serments/ Tous deux, Lily Marlène. (bis)

 Lili Marlen chante l’amour d’un soldat éloigné de sa bien-aimée. Popularisée par Lale Andersen et diffusée à la radio, elle était écoutée par les troupes de l’Axe en Tripolitaine. Les troupes anglaises l’aimèrent aussi, sa diffusion devint alors un moment de pause dans les hostilités, donc un hymne de paix. 
 Lors du cinquantenaire du Débarquement de Normandie, tous les Alliés voulaient faire chanter Lili Marlen ; sauf la Pologne sous prétexte que les Einsatzgruppen l’écoutaient pendant les exécutions de masse ! C’est une erreur sur ce point précis.  
 Le Dr Goebbels pensa censurer ce chant sentimental sauvé seulement par d’autres, comme Mme Goering. Lili Marlen fut une musique de marche et de réconfort adoptée, et chantée dans leur langue, par les Allemands, les Anglais, les Américains, les Français, les Russes ! Ça fait beaucoup de complices !

Le Secret de Veronika Voss. Réalisation, Scénario: Rainer Werner Fassbinder. 1982; 105'. Avec: Rosel Zech (Veronika Voss), Hilmar Thate (Robert Krohn), Cornelia Froboess (Henriette), Annemarie Düringer (Dr Marianne Katz), Doris Schade (Josefa)
  Dans l’Allemagne de l’immédiat après-guerre une actrice déchue, célèbre sous le Nazisme, sent parfois des douleurs terribles qui l’emmènent à livrer sa vie à une thérapeute.
-Robert, vous me prenez pour un agneau. -J’ai simplement dit que demain, c’est vendredi saint. 
-Et la croix, croyez-vous que moi aussi, je porterai la croix ? 
-Vous portez votre croix depuis longtemps. Vous ferez bien les derniers mètres. 
-Vous êtes un drôle d’homme. Je ne pensais pas que vous accepteriez de venir à ma fête d’adieu.
-Il faut aller jusqu’au bout des choses.
 Equally inspired by Billy Wilder’s Sunset Blvd. and the death of real-life actress Sybille Schmitz, Rainer Werner Fassbinder’s Veronika Voss is a scabrous indictment of his homeland in the long shadow of World War II. Set in Munich in 1955, the story follows the eponymous Voss (Rosel Zech), once a nationally recognized star of Nazi propaganda, now a struggling has-been embarking on an ill-advised romance with a dodgy journalist named Robert (Hilmar Thate) while held captive via morphine addiction by her vampiric doctor (Annemarie Düringer). Veronika Voss is not unique among Fassbinder’s films for evoking the look and feel of classic cinema; Xaver Schwarzenberger’s high-contrast black-and-white cinematography conspicuously references the golden era of UFA and film noir. Released mere weeks before Fassbinder’s untimely death at the age of 37, Veronika Voss clarifies the difference between the nostalgic and the elegiac; moving through the city like a phantom, Veronika is a walking testament to Germany’s failure to exorcise its Nazi demons.                MoMA, Exhibitions and events
 Un film que la Berlinale a apprécié au point de le couronner. Une œuvre qui demande attention et interrogation.
 Rainer Werner Fassbinder né en mai 45 avec la capitulation, fut le cinéaste de la renaissance allemande malgré sa courte vie. Sa vision pessimiste des rapports de couple n’empêcha pas son juste plaidoyer pour la tolérance.

Goldener Bär Berlin
L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty. Réalisation, Scénario: Wim Wenders, Peter Handke. 1972; 99'. Avec: Arthur Brauss (Josef Bloch), Kai Fischer (Hertha Gabler), Erika Pluhar (Gloria T), Libgart Schwarz (Anna), Rüdiger Vogler (Idiot), Marie Bardischewski (Maria), Michael Toost (Salesman), Bert Fortell (Customs official)
Expulsé par l’arbitre, un gardien de but erre dans les rues de Vienne. Il fait la connaissance d’une jeune femme, passe la nuit avec elle.    Synopsis Editeur
 Il y a une métaphore géniale là-dedans qu’on n’aurait pas pu faire avec un autre joueur. C’est le seul poste qui est dans cette position par principe. Devenir le héros chanceux ou malheureux du match. Il y a peu d’autres sports où un joueur précis est exposé à ce point. C’est de cette métaphore dont parle le titre.          Wim Wenders
 Le premier film de Wim Wenders a le sport, et plus précisément le sport qualifié de roi, comme support de départ. Mais, peut-être accessoirement, le football est l’un des sports les plus discutables qui existent. Il amène des insultes et bagarres entre supporters, des querelles entre pays, des haines de quarante ans entre peuples ; tout le contraire de l’esprit du sport. Deux matches ont achevé de me faire prendre un peu de distance avec le foot : Algérie-Egypte à la CAN où une équipe est venue pour faire la guerre à l’autre, France-Mexique des mutins où la majorité des Français avaient souhaité la défaite de leur équipe. 
 Le gardien de but est une belle métaphore comme l’ont vus des hommes politiques qui ont revendiqué ce poste. Ici, sa faute professionnelle, c’est-à-dire sa faillite sur le terrain, annonçait presqu’à coup sûr sa chute et son errance futures.

FIPRESCI Venise
L'État des choses. Réalisation, Scénario: Wim Wenders, Robert Kramer. 1982; 123'. Avec: Isabelle Weingarten (Anna), Rebecca Pauly (Joan), Jeffrey Kime (Mark), Geoffrey Carey (Robert), Camilla More (Julia), Alexandra Auder (Jane), Patrick Bauchau (Friedrich Munro)
 Pendant le tournage des extérieurs d’un film international "The Survivors" sur la côte portugaise, de graves problèmes budgétaires surviennent. Le lointain Producteur ne répond pas, amenant l’équipe à l’immobilisation, et aux questionnements.
-Il disait: "Et la couleur? On dirait du noir et blanc!". J'ai dit: "C'est du noir et blanc." Dans un sens, ces usuriers, à la projection, ils sont pas fous. C'est toi et moi qui sommes fous. Ils veulent une putain d'histoire. Ils veulent qu'une putain d'histoire! Ils étaient prêts à casquer 100 000 dollars si j'avais eu une histoire. « J'ai une histoire. La survie. On essaie tous de survivre. "Les Survivants". » Si j'avais fait le même film avec un réalisateur américain et des acteurs américains, en couleurs... je serais Dieu le Père dans six mois. La même histoire. Il suffisait... Il faut une histoire, Friedrich. C'est ce que je te répète. Sans histoire, tu es mort. Pas de film sans histoire. C'est comme si on bâtissait une maison sans murs. Un film doit avoir des murs.  
-Pourquoi des murs? L'espace entre les personnages, entre les gens, peut supporter la charge.
-Tu parles de la réalité! Merde pour la réalité. Réveille-toi enfin! Le cinéma ne parle pas de la vie qui se passe. Les gens n'en veulent pas.
 The State of Things was a film trying to prove this thesis: that stories just aren't possible any more. And the film itself was the best anti-thesis for it, and Paris Texas afterwards was the clear proof that one could really be carried by a story once one believed in it. It was just a matter of my own attitude, not the fault of stories, but only my own attitude towards them, that I lost faith in them. But then they taught me to believe in them more and more, and so I started to trust them more and more. And certainly, with Wings of Desire and Until the End of the World, and now the new one [Far-away So Near], I think I feel almost strangely the opposite now: that it's images you can trust less and less.                  Wim Wenders
 C’est lumineux ! La Mostra peut s’honorer d’avoir couronné ce réalisateur qui sort des sentiers battus.
Lion d'or, FIPRESCI Venise
Réalisation, Scénario: Wim Wenders, Kit Carson, Sam Shepard. 1984; 145'. Avec: Harry Dean Stanton (Travis), Nastassja Kinski (Jane), Dean Stockwell (Walt), Aurore Clément (Anne), Hunter Carson (Hunter), Socorro Valdez (Carmelita), Bernhard Wicki (Dr Ulmer)
  Un homme marchant seul dans la campagne s’écroule. Il ne parle pas. On retrouve son frère qui essaie de le réintégrer à la vie...
-Si tu avais une femme chic, tu l'amènerais dans un tel endroit ?
                                                                                    
-Qu'est-ce que c'est, une femme chic ? 
-Oh... Ma mère... la mienne, elle n’était pas une femme chic. Elle était... Elle n'a jamais prétendu passer pour une femme chic.                                      -Alors, qu'est-ce qu'elle était ? 
-C'était une femme simple. Simple, bonne, généreuse. Très bonne. Mais mon papa... il avait en tête, il avait l'idée que... C'était une sorte de maladie. -Quelle idée ?               
-Une idée qu'il se faisait d'elle… Et il regardait maman. Mais est-ce qu'il la voyait ? Lui, il voyait son idée. Et il disait à tout le monde qu'elle était de Paris. C'était une plaisanterie. Mais à force de le dire sans arrêt, ça a cessé d'être une plaisanterie. Et il s'est mis à y croire.
 Longtemps, j'ai cherché à éviter de parler de l'amour. Il me fallait raconter l'histoire que mes autres films évitaient. Le sujet principal de l'histoire du cinéma c'est l'amour ou la guerre. L'amour, c'est quand même le thème principal du cinéma américain...
 On a fait ce film comme si le cinéma n'existait pas, comme si c'était un film qui n'avait pas de mémoire de l'histoire du cinéma.                    
Wim Wenders
 Il avait osé dire à la Berlinale « Nous devons rester en dehors de la politique », certains l’ont sali pour ça. Ceux-ci sont précisément les plus grands censeurs. Cette Palme d’Or, par exemple, est une grande palme ; pas une palme politique !
 Même quand il parle d’amour c'est en des termes qui secouent. Peut-on soulever le couvercle pour savoir si l’urne contient encore la liqueur ? Si on est prêt à en assumer les conséquences sur soi, a-t-on le doit d’exposer d’autres à ces conséquences ?

Palme d’Or, OCIC, FIPRESCI Cannes, Bodil DK
Les Ailes du désir. Réalisation, Scénario: Wim Wenders, Richard Reitinger. 1987; 128'. Avec: Bruno Ganz (Damiel), Solveig Dommartin (Marion), Otto Sander (Cassiel), Curt Bois (Homer), Peter Falk (Colombo)
 A Berlin, des anges ne voient le monde qu’en noir et blanc, et suivent les événements, sans participer. Ils entendent les pensées des humains, et peuvent parfois  les réconforter. Un jour, l’un d’eux tombe amoureux d’une trapéziste…
 Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants, voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, et que cette flaque soit la mer. Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant, tout pour lui avait une âme, et toutes les âmes étaient une.
 Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes, il s'asseyait en tailleur, démarrait en courant, avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mines quand on le photographiait.                    
En Exergue
 Je sais maintenant ce qu'aucun ange ne sait. Nomme-moi les hommes, femmes et enfants, qui me chercheront, moi, leur conteur, chantre et porte-parole, car ils ont besoin de moi plus que de tout autre chose au monde.
 Ce film est dédié à tous les ex-anges et tout particulièrement
à Yasujiro, François et Andrej.                      En Epilogue
 La "poésie" n’est pas quelque chose que l’on peut vouloir dans un film, mais plutôt une belle découverte, un cadeau que l’on reçoit en tant que cinéaste, de la part des acteurs, des lieux, de la lumière, de tout ce qui doit être réuni pour former quelque chose comme une "poésie en mouvement".           Wim Wenders
 C’est plein d’imagination, c’est sensible. Et dédié à trois grands réalisateurs qu’il a beaucoup aimés : Ozu, Truffaut et Tarkovsky.
Meilleur film Etr DE, BR, JP, US, Cesar FR
Le Sel de la Terre. Réalisation, Scénario: Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado. 2014; 110'. Avec: Sebastião Salgado, Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado
 Depuis quarante ans, le photographe Sebastião Salgado parcourt les continents sur les traces d’une humanité en pleine mutation. Alors qu’il a témoigné des événements majeurs qui ont marqué notre histoire récente : conflits internationaux, famine, exode…il se lance à présent à la découverte de territoires vierges aux paysages grandioses, à la rencontre d’une faune et d’une flore sauvages dans un gigantesque projet photographique, hommage à la beauté de la planète. 
 Sa vie et son travail nous sont révélés par les regards croisés de son fils, Juliano, qui l’a accompagné dans ses derniers périples et de Wim Wenders, lui-même photographe. Syn. Editeur
 On est un animal très féroce, on est un animal terrible nous les humains. En Afrique, en Europe, en Amérique, partout, on est vraiment d’une violence extrême. Notre histoire, c’est une histoire de guerres, sans fins …          Sebastião Salgado
Une bouleversante ode à Sebastião Salgado, l'un des plus grands photographes humanistes.
                                                                                                                   
Arte
 Sebastião Salgado a témoigné des méfaits de l’homme par la déforestation conduisant au désastre du Nordeste, la pollution responsable en partie de catastrophes naturelles comme au Sahel. Il a été dévasté par les abominations commises par les hommes : les guerres d’anéantissement, les génocides ... Il s’est consolé en nous montrant les beautés de ce monde : la vie animale, la nature que nous pouvons réparer par la reforestation. 
 L’hommage à ce photographe humaniste est une idée magnifique et témoigne, s’il en était encore besoin, de la grandeur de Wim Wenders, cinéaste créatif majeur de l’Allemagne d’après-guerre du vingtième siècle.

César Meilleur film documentaire FR, Prix spécial Un certain regardOCIC spécial, Cannes